Lettres à un nouveau venu au champ de la psychanalyse

Lettre 33

mars 2007

 

 

En trois langues, celles de l'hystérie, de la névrose obsessionnelle et de la paranoïa

Liliane Fainsilber

Dans son introduction à l'analyse de L'Homme aux rats, Freud nous fait part des difficultés qu'il a rencontrées pour rendre compte de la structure d'une névrose obsessionnelle. Il avoue d'une part, ne pas avoir réussi à pénétrer et élucider complètement cette structure si compliquée, mais avance aussi pour sa défense, le fait que les strates superposées que parcours le traitement peuvent difficilement être décrites. Il faut reconnaître dit-il qu'une " névrose obsessionnelle n'est guère facile à comprendre - et l'est bien moins encore qu'un cas d'hystérie. Pourtant, cela ne devrait pas être car " la névrose obsessionnelle n'est en quelque sorte qu'un dialecte du langage hystérique, mais c'est un dialecte que nous devrions pénétrer plus aisément, étant donné qu'il est plus apparenté à notre pensée consciente que ne l'est celui de l'hystérie… Le fait que la réalité ne confirme pas nos prévisions n'est peut-être dû qu'à notre connaissance moins approfondie de la névrose obsessionnelle. "
Mais Freud avance encore un autre argument, le fait que les névrosés obsessionnels ne viennent demander de l'aide auprès d'un analyste que très tardivement, quand tous les symptômes se sont solidement installés et qu'ils leur rendent la vie quasiment impossible. Ce que démontre amplement le grand scénario obsessionnel de l'Homme aux rats.

Mais je voudrais revenir sur cette question du dialecte, pour évoquer un autre texte de Freud où cette fois-ci, il ne parle plus de dialecte mais de langues différentes et oppose d'ailleurs ces deux termes " dialecte " et " langue " et parle à ce moment là d'un " idiome " de la névrose obsessionnelle et de la paranoïa. Quelle différence y a-t-il entre ces trois termes ? Il me semble que le dialecte indique la proximité de structure entre l'hystérie et la névrose obsessionnelle, comme si cette dernière parlait un patois de l'hystérie. Tandis que l'idiome, indique davantage les différences de langues entre ces trois structures que Freud oppose, celles de l'hystérie, de la névrose obsessionnelle et de la paranoïa.

C'est un texte passionnant qui a pour titre "L'intérêt de la psychanalyse" ayant comme sous chapitre "L'intérêt pour les sciences du langage" Et oui ! Freud n'avait pas attendu Lacan pour s'intéresser à la linguistique !

J'en extrait ce passage que je trouve magnifique : "La langue du rêve peut-on dire, est le mode d'expression de l'activité psychique inconsciente. Mais l'inconscient parle plus qu'un simple dialecte. Parmi les conditions psychologiques modifiées qui caractérisent les formes particulières de névroses et les distinguent les unes des autres, se trouvent aussi de constantes modifications de l'expression concernant les motions psychiques inconscientes. Alors que la langue gestuelle de l'hystérie coïncide avec la langue pictographique du rêve, des visions, etc... pour la langue de pensée de la névrose obsessionnelle et de la paraphrénie se présentent des formations idiomatiques particulières .... Ce qu'une hystérique par exemple représente par des vomissements, cela s'exprimera chez un malade obsessionnel par de méticuleuses mesures de précaution contre une infection et provoquera chez un paraphrénique une plainte ou un soupçon qu'on est entrain de l'empoisonner. Ce qui trouve ici un expression si diverse, c'est le désir, refoulé dans l'inconscient, d'engrossement, et d'autre part la résistance de la personne malade contre celui-ci".


Ces fantasmes d'engrossement, ces fantasmes de grossesse qui s'expriment donc si différemment selon les trois structures, Lacan en fera, dans le séminaire des Psychoses, deux modes d'instauration de la fonction paternelle, pour le sujet névrosé et pour le psychotique laissant en réserve, ou plutôt élidé, ce qu'il en est pour le sujet pervers. Pour le prouver il compare le fantasme de grossesse de Schreber au fantasme de grossesse d'un homme hystérique, dans l'observation d'Eissler, observation dite du conducteur de tramway. Il compare donc le fantasme d'un homme hystérique et d'un homme paranoïaque,

Ce texte est dans le volume I de résultats, idées problèmes.