Lettres à un nouveau venu au champ de la psychanalyse

Lettre 39

janvier 2009

 

 

 

Comment les psychanalystes peuvent-ils se former ?

Liliane Fainsilber


Freud, dans son grand texte " L'analyse profane ", décrivait les nécessités et les exigences qu'impose la formation des analystes. Il s'y lance dans une très longue argumentation pour dire en quoi la formation médicale n'est pas forcément la plus souhaitable pour devenir psychanalyste.
Sa définition est un peu rude, mais à ses yeux est charlatan quiconque exerce la psychanalyse, une psychanalyse " sauvage ", sans être passé lui-même par l'expérience analytique. Ce qualificatif peut donc s'appliquer aussi bien aux médecins qu'aux psychologues ou, par extension, à tout autre, philosophe, linguiste ou mathématicien.

Mais si cette formation médicale n'est pas la plus souhaitable, ce n'est pas pour autant que l'analyste doit simplement se fier à son propre savoir inconscient et à ce qu'il a découvert dans son analyse.
Il n'est pas question donc de le laisser travailler, ce dit savoir, tout seul. Un énorme travail attend chaque analysant avant qu'il puisse s'autoriser à être psychanalyste. Il faut absolument qu'il continue à aller à l'école, le problème étant de savoir laquelle.

Dans ce texte, donc, chemin faisant, Freud explique et décrit quelle serait, à ses yeux, l'université idéale qu'il souhaiterait pour former ces psychanalystes.
J'en reprends quelques passages pour vous donner l'envie d'en lire un peu plus car je trouve que ce qu'il propose reste très actuel :
"Si ... on avait à fonder une école de psychanalyse, il faudrait y enseigner bien des choses qu'enseigne également la faculté de médecine : à côté de la psychologie des profondeurs qui resterait toujours la partie principale, une introduction à la biologie, dans des proportions aussi grandes que possible la science de la vie sexuelle, une initiation au tableau clinique de la psychiatrie. Par ailleurs, l'enseignement analytique engloberait aussi ... histoire des civilisations, mythologie, psychologie des religions et littérature. Sans une bonne orientation dans ces domaines, l'analyste reste sans comprendre une bonne partie de ce qui s'offre à lui".

P136"... nous n'estimons pas du tout souhaitable que la psychanalyse soit absorbée par la médecine et trouve sa sédimentation ultime dans un traité de psychiatrie, au chapitre thérapeutique, à côté de procédés tels que la suggestion hypnotique, l'autosuggestion, la persuasion, qui, puisés aux sources de notre ignorance, doivent leurs effets à court terme à l'inertie et à la lâcheté des masses. Elle mérite un meilleur sort et j'espère qu'elle l'aura.
p.137
Il aborde par contre un autre aspect de la même question ce que la psychanalyse peut apporter à tous ces autres champs de savoir. Mais il pose à cela une rigoureuse condition :
La psychanalyse " peut devenir indispensable à toutes les sciences qui s'occupent de la genèse de la civilisation humaine et de ses grandes institutions tels l'art, la religion et l'ordre social.
" Si les représentants des diverses sciences de l'esprit doivent apprendre la psychanalyse pour en appliquer à leur matériel les méthodes et les points de vue, il ne suffit pas qu'ils s'en tiennent aux résultats consignés dans la littérature analytique. Il faut qu'ils apprennent à comprendre l'analyse par la seule voie qui s'offre à eux, c'est-à-dire en se soumettant eux-mêmes à l'analyse ".

Mais pour revenir à cette question de la formation des psychanalystes, on peut donc dire que l'université idéale que souhaitait Freud était plus dédiée aux arts libéraux qu'à la médecine.

Bien sûr Lacan ne pouvait être que d'accord avec ce que souhaitait Freud quant à cette université de rêve, mais en fonction de son temps il avait rajouté ceci :
" C'est d'une initiation aux méthodes du linguiste, de l'historien et je dirai du mathématicien, qu'il doit être maintenant question pour qu'une nouvelle génération de praticiens et de chercheurs retrouvent le sens de l'expérience freudienne et son moteur".
De fait l'analyste doit se référer à ce qu'il appelle " les sciences conjecturales ", sciences qui, selon lui, impliquent un virage dans l'approche des sciences dites humaines.

A cette lecture, on ne peut que constater à quel point chaque analysant/analyste a un bien long chemin à parcourir pour pouvoir être à la hauteur de ce qui est exigé de lui et surtout continuer à l'être. On comprend mieux pourquoi, selon le dire de Freud, psychanalyser est avec gouverner et éduquer, trois verbes relevant de l'impossible, un impossible auquel il faut s'atteler quand même.

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