Lettres à un nouveau venu au champ de la psychanalyse

Lettre 13

 

 

Une méconnaissance délibérée de la psychanalyse

Liliane Fainsilber

Selon un vieux dicton, mieux vaut laver son linge sale en famille,

plutôt qu'à la télévision

Sur une grande chaîne de télévision, une émission animée par Jean-Pierre Delarue était consacrée aux TOC, autrement dit à la névrose
obsessionnelle.

Un homme d'une trentaine d'années y témoignait de son calvaire. Tous les matins, devant la porte ouverte de sa machine à laver, il se posait l'angoissante question de savoir si oui ou non son linge avait été suffisamment et surtout bien lavé. Il scrutait un par un chacun de ses vêtements pour les vérifier puis recommençait ainsi cette opération de vérification plusieurs fois.
Cette question accaparait toute son activité intellectuelle et il avait cessé de travailler.

Selon le vieux dicton, "mieux vaut laver son linge
sale en famille", cette dite famille lui avait beaucoup reproché d'être venu témoigner de son symptôme en public.
Malgré l'aspect dérisoire de sa question, il était dans une grande détresse et sans doute au bord du suicide.
Pourtant, à aucun moment au cours de cette soirée, le nom de la Psychanalyse n'a été prononcé, psychanalyse qui pourtant aurait pu donner sens à son symptôme et aurait donc pu l'en délivrer.


Depuis la mort de Lacan, la disparition de l'intérêt pour la psychanalyse dans le champ culturel français ainsi que la méconnaissance délibérée de ses effets thérapeutiques est vraiment affligeante.

Dans les médias, on oublie la portée de la psychanalyse et on parle certes de psychothérapies mais ce n'est jamais que pour évoquer ses formes dégradées. La plupart du temps c'est le "comportementalisme" qui vient occuper le devant de la scène. Ainsi à ce pauvre homme souffrant de cette névrose obsessionnelle si gravement invalidante, il n'avait été proposé que la thérapeutique suivante :

Tous les jours il devait se contraindre à passer quelques minutes de moins devant sa machine à laver !
Comme si d'essayer de réduire progressivement le temps de son rituel pouvait le guérir de ses symptômes !

Il ne vient donc plus à l'idée de grand monde et notamment des thérapeutes d'avoir à délivrer la parole bâillonnée du symptôme et pour cela d'écouter celui qui en souffre, et surtout de donner sens à ses paroles, de les interpréter.

La psychanalyse n'est plus utilisée que comme une sorte de faire valoir dans le champ politique. Des analyses rapides et fort hypothétiques de psychanalystes à la mode font désormais autorité, ravalant la portée de l'invention freudienne à un simple jeu de société, la tournant en dérision. Ce sont des amusettes.

Ses effets bénéfiques ont été oubliés. Nous ne pouvons que le regretter.

juillet 2003


Liliane Fainsilber

 

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