En relisant Malaise dans la civilisation

 

" L'Homme est un loup pour l'homme "

L.Fainsilber

 


En lisant en parallèle ce livre de Marcela Iacub qui met, en quelque sorte, en évidence les malaises de la civilisation de notre temps, j'ai continué à déchiffrer l'une des dernières parties de " Malaise dans la civilisation ", plus exactement son chapitre V, cette partie qu'évoquait l'autre jour Elisabeth. Freud y évoque cette question de l'agressivité, non pas en psychanalyse, mais dans les relations humaines les plus ordinaires, avec cette formule expéditive et qui pourrait donc se passer de commentaires " L'homme est un loup pour l'homme ".
Là-dessus, Freud est sans illusion, on ne baigne pas, avec lui dans les bons sentiments sirupeux : " L'homme n'est point cet être débonnaire, au cœur assoiffé d'amour, dont on dit qu'il se défend quand on l'attaque, mais un être, au contraire, qui doit porter au compte de ses données instinctives une bonne somme d'agressivité. Pour lui, par conséquent, le prochain n'est pas seulement un auxiliaire et un objet sexuel possibles, mais aussi un objet de tentation. L'homme est en effet tenté de satisfaire son besoin d'agression aux dépens de son prochain, d'exploiter son travail sans dédommagement, de l'utiliser sexuellement sans son consentement, de s'approprier ses biens, de l'humilier, de lui infliger des souffrances, de la martyriser et de le tuer. "

Comment après cela peut-on être psychanalyste sans être, pour l'analysant, ce loup qu'est l'homme pour l'homme ?
Car Freud nous le rappelle : " cette tendance à l'agression, que nous pouvons déceler en nous-mêmes et dont nous supposons à bon droit l'existence chez autrui, constitue le facteur principal de perturbation dans notre rapport avec notre prochain ; c'est elle qui impose à la civilisation tant d'efforts. "

Que croyez-vous que Freud propose comme solution, enfin plutôt comme façon de s'en tirer au mieux, comme un pis-aller ?
Une communauté ne tient ensemble par des relations d'amour que si elle peut trouver à l'extérieur des ennemis à détester contre lesquels elle peut exercer son agressivité et ses manifestations d'intolérance, en somme réussir à les dériver vers eux.

La solution freudienne semble donc en tout cas, à première vue, toute différente de celle que propose Lacan, puisque pour lui, c'est par la parole, que la jalousie et la concurrence agressive entre le moi et le petit autre, peuvent être assumées, symbolisées et donc finalement abandonnées.

Mais n'y a-t-il pas, pour lui aussi, ce champ de Das Ding, de La Chose, que dans l'Ethique de la psychanalyse, il appelle le " lieu de la destruction absolue " ou encore " L'Etre suprême en méchanceté " ?
Ne s'agirait-il pas au fond de ce même lieu, hors champ du symbolique et de la civilisation, qui est celui de la haine, une haine qui n'a de cesse que de se manifester à nouveau, reprendre ses droits, les droits du plus fort.

 

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