Remise en question de l'analyse profane

avec l'amendement Accoyer

 

 

 

 

Cet amendement de loi qui vise à réglementer la profession de psychothérapeute incite à relire le magistral texte de Freud, "Question sur l'analyse profane".

Ce qui mérite d'être souligné c'est le terme qu'il n'hésite pas à avancer, dans ce texte, celui de charlatan.

Par rapport à la psychanalyse, qu'est-ce qu'un charlatan ?

Justement, un psychologue armé de son diplôme de psychologue clinicien et qui n'a pas fait lui-même une démarche analytique et qui entreprend des psychothérapies si ce n'est des psychanalyses, est au regard de la psychanalyse, un charlatan. Il en est de même pour un médecin psychiatre qui pratique des analyses sauvages à partir de ce quil a pu apprendre de la psychanalyse dans différents ouvrages, ceux de Freud ou de Lacan, éventuellement de leurs commentateurs. C'est donc cet argument là qu'il faudrait pouvoir faire entendre aux hommes politiques appelés à légiférer sur ce statut plus qu'aléatoire des "psychothérapeutes".

Il y a aussi un autre texte de Freud qui est intéressant c'est celui des "Perspectives d'avenir de la psychanalyse", celui où il parle de ce que deviendra la psychanalyse quand elle prendra en compte ce qu'il appelle je crois "la misère sociale". Il garde la psychanalyse pure, c'est à dire dégagée de toute visée de guérison, de visée thérapeutique, comme étant à conserver comme une référence indispensable, l'or pur de la psychanalyse, mélangée au cuivre de la thérapeutique. Il semble que cet amendement de la loi réduit cette opposition, cette mise hors jeu de la psychanalyse, Il l'amalgame à toutes les thérapies, Il les met toutes dans le même sac.

Ce qu'il faudrait aussi souligner, pour argumenter notre opposition à cet amendement, c'est aussi le fait que Freud souhaitait, et Lacan a souscrit à ce souhait, de ce que pouvait être la formation idéale d'un psychanalyste, l'étude de la littérature, des religions, des grands mythes de l'humanité, sciences auxquelles Lacan a rajouté tout le champ des sciences dites humaines, et dans ce registre, la logique, les sciences conjecturales sans compter bien sûr la linguistique.

Je cite Freud : "Dans l'investigation des processus mentaux et des fonctions intellectuelles, la psychanalyse se réclame d'une méthode qui lui est spécifiquement propre. L'application de cette méthode ne se limite aucunement au champ des affections psychologiques, mais s'étend également à la solution de problèmes dans les domaines de l'art, de la philosophie et de la religion. Dans cette direction elle a dès à présent développé plusieurs points de vue nouveaux et apporté quelques précieuses lumières sur des sujets telles l'histoire de la littérature, la mythologie, l'histoire des civilisations et la philosophie de la religion. C'est en ce sens que le cours général de psychanalyse pourrait être ouvert également aux étudiants de ces branches de connaissance. L'influence fécondante de la pensée psychanalytique sur ces autres disciplines contribuerait sans nul doute à forger un lien plus étroit -au sens d'une universitas literarum -entre la science médicale et les branches de la connaissance qui se déploient dans la sphère de la philosophie et des arts".

Par rapport à tout ce champ d'études ainsi proposé, ce que cet amendement propose, ou l'approche médicale, ou l'approche de la psychologie, est extrêmement réducteur. Ceci dit, légiférer pour que des sectes y compris et surtout la scientologie ne colonisent pas ce champ de la santé mentale, au risque de sombrer sous la désapprobation des uns et des autres, ne me parait pas en soi, scandaleux.

Le seul problème est de laisser la psychalyse hors de tout cadre. elle ne peut de toute façon qu'y échapper, autant le prendre en compte.

En 1926, Freud prenant donc la défense de la psychanalyse décrit "le sombre avenir qui attendait la psychanalyse si elle ne réussissait pas à faire son trou hors de la médecine", nous pourrions rajouter maintenant hors de la psychologie :

Il écrit : " L'opposition à l'analyse pratiquée par les non-médecins est "le dernier masque de la résistance à la psychanalyse, et le plus dangereux de tous" et propose à l'état, ce qu'il appelle la "loi du laisser-faire".

Il défend ainsi son point de vue " D'une manière générale, la pratique de la psychanalyse est-elle objet qui doive être soumis à l'intervention des pouvoirs publics, ou est-il plus indiqué de l'abandonner à son développement naturel? (.../...) Il règne dans notre patrie, depuis toujours, un vrai furor prohibendi, un penchant à mettre en tutelle, à intervenir et à interdire (.../...) Je pense qu'un excés d'ordonnance et d'interdictions nuit à l'autorité de la loi... "

Freud avance encore un autre argument :

"La démarche de l'analyse est des moins apparentes, elle n'utilise ni médicament, ni instruments, elle est fait simplement de conversations et de communications réciproques ; il ne sera pas facile de convaincre une personne profane qu'elle pratique l'analyse si elle affirme qu'elle donne seulement de paroles d'encouragement, qu'elle dispense des éclaircissements et cherche à exercer une influence humaine bénéfique sur ceux dont la misère psychique réclame une aide. On ne pourrait pas lui interdire cela sous le prétexte que le médecin, lui aussi, le fait parfois".

 

S. FREUD, La Question de l'Analyse Profane (1926), Chap. 6, 7 et Postface, Ed. Gallimard, Paris, 1985, p 105 sq.

 

Nous vous proposons quelques échanges autour de cet amendement :

- Comme du bon pain, d' Isabelle Baugnet

- Pouvoir psychiatrique et pouvoir ordinal : deux problèmes pour les psychanalystes de Lise Demailly

- Main - basse sur la psychanalyse de Liliane Fainsilber

 

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