Le nom propre à partir de la logique de Frege

Liliane Fainsilber

 

 

 

A ce que Gardiner définissait comme un mot pour le particulier et Claude Lévi-Strauss comme étant le dernier terme d'une opération classificatoire, il semble que Lacan avance que le nom propre est, au dernier terme, un mot pour le singulier, restant bien sûr à préciser ce qu'est cette catégorie logique par rapport à l'universel et au particulier. Nous pouvons déjà poser qu'elle prend en compte ce qu'il en est du sujet en tant que représenté par un signifiant pour un autre signifiant, mais n'étant que représenté par lui, ce qui induit la dimension d'un manque. C'est ce manque que le nom propre tente de combler. Pour tenter de remédier à son propre fading, le sujet se raccroche désespérément aux branches de son nom propre.

C'est ce que Lacan va progressivement élaborer tout au long de ce séminaire des " Problèmes cruciaux pour la psychanalyse ". Voici comment il s'y engage : " des penseurs hésitent, dérapent, voire font erreur quand ils abordent ce point de l'identification à propos de l'usage privilégié qu'aurait ne nom propre comme désignant le moyen élu de l'indication, du repérage du particulier pris comme tel. Assurément, ici, nous sommes responsables, nous analystes ; je veux dire que nous ne saurions être dispensés d'apporter notre contribution, si notre expérience nous permet de témoigner d'une fonction d'oscillation, de vacillation, de dynamique spécialement indicatrice par où la fonction du nom propre se trouve prise dans quelque chose qui est bien dans notre champ, le champ de l'expérience analytique, si elle mérite d'être désignée comme je le fais… d'y intéresser le sujet. "


C'est avec l'aide de la logique de Frege, celle qui interroge la série des nombres entiers naturels, série qui partant de O va vers l'infini, de plus Un en plus UN que Lacan va d'une part poser les bases logiques de la petite cellule constitutive du sujet. La base de cette logique étant liée au fait que Zéro est compté lui-même, comme un nombre entier, et compte donc pour UN. Ce qui fait qu'il y en a toujours Un de Plus : Dès qu'il y en a Un, il y en a de fait 2, et dès qu'il y en a deux, il y a également trois, toujours donc Un de plus.
Tout le mérite de Lacan va être en effet d'indexer en quelque sorte les signifiants de la chaîne inconsciente sur cette série des nombres entiers naturels.

 

On peut d'emblée les représenter ainsi : En fonction de cette indexation, on repère la formule de la naissance du sujet entre le S1 et le S2, avec ce qu'il en reste, l'objet a qui d'objet perdu, devient l'objet indéfiniment à rechercher, encore, encore, encore, selon la formule de Lacan. Cet objet a est celui qui manque et qui, de ce fait même, est " cause du désir ".
C'est par rapport à cette petite cellule constitutive du sujet que l'on devrait pouvoir y préciser la fonction du nom propre que Lacan définit comme étant une fonction de suture, de fermeture, de collage.
Mais il est difficile de savoir où l'inscrire, par rapport à ce signifiant exclu, forclos, qui est mis en correspondance, comme l'indique le schéma, avec le zéro compté comme 1, comme nombre, est-ce entre ce signifiant forclos et ce Signifiant S1, représentant le sujet pour un autre signifiant, ou bien entre ces deux premiers signifiants qui marquent à la fois, la représentation du sujet pour un autre signifiant mais qui ne fait que le représenter, et indique donc sa disparition sous le signifiant qui le représente ? Le manque est en effet situé à ces deux niveaux, entre le S0 et le S1, puis, entre le S1 et le S2. Il faut donc choisir où le nom propre va faire suture, collage.
Ce qui nous en donnera peut-être l'indication c'est de retrouver quelle est la fonction du nom propre, des lettres du nom propre, dans les symptômes.

 

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