Repérage du double fantasme hystérique de L'Homme aux rats, soubassement de sa névrose obsessionnelle

Liliane Fainsilber

 

Il existe un ouvrage fort intéressant bien sûr pour ceux qui travaillent les textes de Freud : Bibliographie des Ecrits de Freud. Chez Payot. Y figurent les dates de rédaction et les dates d'édition voire de traduction.

Le journal d'une analyse a été écrit au cours même de cette analyse en 1907 -1908.
Tandis que le texte des Cinq psychanalyses a été écrit en 1909.

Mais il y a quelque chose que j'ai bien aimé c'est le fait qu'en 1907, donc pendant cette analyse, il écrivait " actes obsédants et exercices religieux " et aussi " La création littéraire et le rêve éveillé ".
Mais surtout qu'en 1909, il écrivait " Les fantasmes hystériques et leur rapport à la bisexualité " et on s'aperçoit donc que Freud a ainsi raté de très très peu une magnifique occasion de prendre en compte le fantasme au hareng de l'Homme aux rats, celui où il s'était identifié à la fille de Freud, celle qui était attachée à sa mère par un hareng et dont il espérait que Freud, avec sa toute jeune science la psychanalyse, le libère. On ne peut en effet trouver plus bel exemple métaphorique de ce qu'est l'opération analytique, dite " castration symbolique " détacher ce qu'il en est du désir du sujet du désir de l'Autre, en l'occurrence du désir de la mère.

Il reprend ce même fantasme hystérique sous un autre mode, par rapport au désir non plus de la mère mais du père, dans lequel cette fois-ci, identifié à sa cousine, dans le corps de sa mère, il profite de ses rapports sexuels avec un homme.

Nous avons ainsi clairement mis à nu le double fantasme sexuel hystérique de l'Homme aux rats, l'un dans son rapport à sa mère, son désir d'être son enfant phallus, l'autre par rapport à son père, ce qu'on qualifie faussement d'homosexualité inconsciente, car dans ce désir d'être aimé du père comme une femme, ce qui se manifeste est en fait le désir de se voir attribuer un phallus sous la forme d'un enfant. Au travers de cette féminité se manifeste ainsi le désir d'obtenir du père, ses attributs virils, ses titres à la virilité sous la forme de ce signifiant phallique.
On découvre ainsi comment accaparé par le rapport de Ernst à son père, le désir de sa mort, Freud est passé à côté de son lien hystérique au désir de sa mère que révélait son fantasme au hareng. Il l'a passé sous silence, il l'a occulté, tout comme il a passé presque sous silence les liens de Dora au désir de sa mère. Nous n'en avons la dimension que lorsque Freud nous parle des liens de Dora à son frère. C'est en effet lui qui était son objet rival dans le désir de sa mère, lui l'enfant préféré qui occupait cette place et n'avait pu en être délogé.

Si vous ne prêtez pas attention à ce texte du Journal d'une analyse, vous aurez bien tort. Car c'est une lecture très lacanienne de ce journal d'une analyse et une lecture je dirais inédite, ce qui est le comble du paradoxe à propos d'une lecture.

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