METONYMIE ET METAPHORE 

LES MODES D’ELOQUENCE DE LA STRUCTURE

La métonymie

ou la présence du double

Au début serait la nomination.

Sur les jalons qu’elle agence, s’édifierait la métonymie.

" La promotion du signifiant comme tel, la venue au jour de cette sous structure toujours cachée qu’est la métonymie, est la condition de toute investigation possible des troubles fonctionnels du langage dans la psychose et la névrose. " (1)

Entrons ainsi dans le vif de ce propos qui ne concède rien à l’attention que porte inlassablement Lacan, après Freud, aux résonances sur " l’Autre scène ".

Inscrivons sous cet éclairage notre approche de la métonymie.

Enonçons quelques uns de ses traits spécifiques avant de les examiner plus en détail.

La métonymie repose directement sur l’opération de sélection effectuée au point d’origine de toute énonciation, et par suite de tout message, par le locuteur dans l’ensemble du trésor lexical (le code) d’un signifiant particulier pour nommer, représenter un élément précis de réalité, objet de son message.

L’opération de sélection suppose elle-même un choix ouvert, des alternatives possibles entre différents signifiants unis entre eux par une grande proximité de signification (dit lien de similarité) telle que leur substitution les uns aux autres n’altère pas la lisibilité de la référence à l’élément précis de réalité dont l’évocation est visée.

Ce choix, à la base de l’opération de sélection qui permet de nommer une chose à l’aide d’un autre signifiant que celui qui la désigne de la façon la plus directe, reste contraint par les qualités intrinsèques de celle ci. Ce sont ces qualités et particularités physiques de la chose qu’il s’agit d’évoquer qui définissent l’ampleur du lexique dans lequel les constructions métonymiques vont puiser.

Du point de vue linguistique, l’opération de substitution d’une unité par une autre, possible au nom de leur similarité, de leur contiguïté, met en jeu le code seul. Elle n’altère pas le sens du message.

Cette contingence (qualités physiques de la chose/éléments lexicaux qui les évoquent), à l’origine même de la constitution d’un trésor lexical, du code dans son ensemble, supporte l’une des deux opérations fondamentales en jeu dans la parole, celle la même qui consiste à assurer la liaison des constituants du message au code, celle là même qui permet de surmonter l’éloignement des locuteurs au moment de l’émission d’un message et permet qu’il soit cependant compris.

La façon dont la métonymie met en jeu ce niveau du code et cette opération de la sélection sont à examiner de plus près.

Les modalités du choix effectué dans l’opération de la substitution métonymique ne sont ni neutres ni sans effet spécifique.

Elles dénotent un déplacement par rapport à l’unité la plus à même d’évoquer directement l’élément de réalité. En définitive le choix consiste à opter pour mettre en relief le lien même de similarité. La substitution va effectivement d’organiser au long de cet axe des similitudes avec un plus ou moins grand degré de liberté, en l’occurrence de proximité sur le double axe des éléments du code et des qualités de la chose.

Cette possibilité de remplacer une unité linguistique par une autre permet de préciser, de cerner voire de connoter de façon particulière une signification. Elle s’effectue " in abstentia " c’est à dire que le choix s’opère en référence à une série virtuelle, absente des unités même du message, unies entre elle par la mémoire des éléments du code maîtrisés par le locuteur.

Avec elle nous nous situons par conséquent au niveau des opérations du code seul et à celui de la signification.

En second lieu, le recours à cette figure est requis lorsqu’il s’agit de régir des rapports de substitution d’un élément de nomination à un autre, sans qu’il n’en résulte d’effet de création de sens.

La substitution métonymique suppose, en outre, que ces éléments -quelque soit leur sort (élément substitué ou à substituer)- continuent à occuper une position analogique dans la structure de la phrase.

Ces dernières précisions expliquent que la métonymie ne produise pas de sens véritablement nouveau, bien qu’elle puisse concourir à enrichir, voire contraster, un sens ou une évocation. Les lumières ou ombres qu’elle introduit entre ces nuances de signification, quelque subtiles qu’elles soient, ne concourent qu’à qualifier une seule et même chose.

Ces quelques traits demeurent constants et présents dans les différentes déclinaisons du procédé métonymique.

Reprenons-les à l’aide de quelques exemples les illustrant et demeurons attentifs à la sophistication que cette figure peut atteindre.

La facilité offerte par la richesse du lexique pour désigner toute chose à l’aide de ce qui est en connexion directe avec elle va permettre à la métonymie de s’incarner dans des déclinaisons riches et variées.

Il peut s’agir d’une connexion de similitude (propre du synonyme : exemple hutte, cabane, cahute) ou au contraire d’opposition (propre de l’antonyme : exemple hutte/palais).

Dans ce cas, la substitution porte sur un élément simple de la réalité visée par le propos ; elle joue sur un seul mot.

Aux côtés de ces manifestations faciles à aborder, les déploiements du procédé métonymique peuvent nous présenter des formes qui relèvent d’une sophistication supplémentaire.

Certaines d’entre elles, transposent le principe même du choix d’une nomination de substitution possible en raisons des relations de connexion, à des parties de phrase.

Aidons nous à nouveau de quelques exemples.

On peut avoir recours à la métonymie pour nommer une chose, de façon indirecte, à l’aide de son contenant pour son contenu, de l’une de ses parties pour le tout, de la cause pour l’effet, de la matière pour l’objet, l’espèce pour le genre, le singulier pour le pluriel, le plus pour le moins, et inversement pour tous ces cas de figure.

Tel est le cas, classique, de la synecdoque (2).

Ainsi par exemple, les expressions suivantes sont elles basées sur des procédés métonymiques : boire un verre (le verre pour le liquide qu’il contient soit le contenant pour le contenu), croiser le fer (le fer pour l’épée soit la matière pour l’objet), trente voiles sur l’eau, quarante chaumes dans le village (les voiles pour les navires, les chaumes pour les maisons, soit la partie pour le tout).

Le recours à la métonymie agit dans ce cas dans le sens d’un raccourci, d’une réduction au sens mathématique, dans lequel une partie représente un tout escamoté.

La traduction littérale de la racine grecque du mot synecdoque est " compréhension simultanée ". Cette littéralité rend compte de ce mouvement particulier de condensation de l’expression à sa formation que vient réaliser le mot et, simultanément et à l’inverse, de celui de redécouverte des éléments escamotés que suppose son décryptage.

Un mot du cas plus élaboré, de l’hypallage (3).

Ce procédé utilise différemment le principe de la substitution. La relation de proximité entre les noms est marquée par le recours aux adjectifs qui les qualifie. Le procédé métonymique porte sur un dévoiement de la destination et place attendue usuellement pour ces derniers.

Prenons par exemple cette formulation : " Ce marchand accoudé à mon comptoir avide " (V Hugo). Nous n’admettons pas sans surprise le qualificatif avide appliqué à comptoir. En revanche, il s’impose aisément à marchand. L’effet de surprise surgit précisément à constater que c’est la référence à l’échoppe, au lieu dans lequel s’exerce l’activité professionnelle qui supporte en fait l’évocation des traits de caractère du marchand.

L’isolement de son contexte, nous laisse la liberté de choisir à quel marchand rapporter les traits en question : au client ou au tenancier de l’échoppe. L’évocation physique du trait d’union entre l’un et l’autre, client et commerçant tout aussi bien, est le comptoir. Ce trait d’union, cette communauté est précisément l’avidité, d’argent ou de boisson. Au bout du compte tout se rapporte au ressort de l’échange marchand. Même la disposition dans l’espace des éléments que cet énoncé présente vient renchérir et saturer l’évocation du marchand.

On peut constater que les équivalences des éléments en jeu, tant au niveau de la signification, que de la position dans la phrase sont maintenues, y compris dans ces dernières figures davantage élaborées.

Ces liens, à la fois sémantiques et syntaxiques, ne semblent donc pas remis en cause par le recours à la métonymie, quelque soit son degré de complexité.

Tout repose déjà sur la maîtrise de la richesse même que procure l’articulation signifiante, dès l’origine de la nomination. La possibilité d’entendre de façon assurée un sens, au delà et en dépit de l’incongruité des choix des places des adjectifs par exemple, ou de la plus ou moins grande élasticité des liens de proximité entre le vocable substitué à celui qui désignerait la chose de façon la plus immédiate, suppose également une familiarité avec l’articulation de la phrase elle-même, avec son organisation.

La possession de ces deux niveaux de maîtrise – signifiante et positionnelle – déjà à utiles et requises dans la métonymie, s’avérera encore plus cruciale pour la création et l’accès à la métaphore.

Un exemple cité par Lacan au cours de la séance du 26 avril 1956, nous guidera et nous aidera à effectuer le passage de l’une à l’autre figure.

Un petit garçon de deux ans et demi, au moment de dire bonsoir à sa mère, l’appela " ma grosse fille pleine de fesses et de muscles ".

Cet énoncé, outre ce qu’il manifeste de l’importance de la dimension d’érotisation dans le procès de l’acquisition linguistique, présente une chaîne dans laquelle la mère, les fesses et les muscles sont dans des rapports de contiguïté pour l’enfant.

On perçoit nettement là à quel point l’expérience de la contiguïté physique, ayant émergé dans le contact du corps, liée donc aux qualités physiques propres à la mère, est venue conditionner l’ordre de la chaîne métonymique comme nous le soulignions plus haut. Celle-ci dès lors, relèvera et restituera en permanence la réalité de l’expérience qu’elle permet de représenter.

Nous sommes là au point de jonction entre métonymie et métaphore.

C’est précisément l’existence de cette chaîne (fille, pleine, muscles, fesses) qui pourra étayer ultérieurement une métaphore pour cet enfant, dans laquelle la mère – ou tout(e) autre - pourra être représentée, soit par les fesses, soit par les muscles et nourrir des déclinaisons érotiques contenant la référence à ces attributs.

La métaphore

Ou de deux qui font trois

C’est donc sur la base du matériau ainsi constitué par la métonymie que l’opération de la métaphore va porter.

Elle va précisément consister à lier les effets propres à cette préalable substitution de signification à ceux, insolites, produits par la transposition des éléments substitués, à une place dans la phrase qu’ils n’ont pas vocation à occuper d’emblée.

Mettons cela en lumière à l’aide de l’exemple du vers de Victor Hugo " Sa gerbe n’était ni avare ni haineuse ".

L’articulation métonymique supposée est : gerbe/pénis ; l’articulation positionnelle est : gerbe en position de sujet à la place de Booz.

Sur ces bases, une opération de transfert de sens est alors possible et elle consiste à indiquer qu’il est bien question des qualités viriles de Booz lorsque l’image de la gerbe est employée.

Cette formule, en définitive, vise tout autre que chose que les éléments de réalité qui sont stricto sensu pris dans le champ de l’énonciation.

L’intérêt majeur du recours à la métaphore se manifeste en effet là, d’indiquer un sens à l’aide d’un autre.

Ce surgissement d’un sens nouveau, transféré, ce troisième issu du pas de deux de la métonymie, demeure très difficile à cerner, à définir. Il est à retrouver à chaque formule qui semble relever d’une création métaphorique.

Voyons si, des conclusions que nous pouvons tirer du processus de la métaphore, nous pouvons nous aider pour en percer le mystère.

A l’importance de l’articulation signifiante, la métaphore ajoute ainsi celle de l’articulation positionnelle, c’est à dire le jeu des positions respectives des éléments entrant dans la composition d’une phrase qui déterminent un sens et assurent la coordination signifiante.

Elle suppose donc que soient intervenues la syntaxe et les contraintes de combinaison et que ces données soient assurées pour le sujet de sorte à ce qu’il puisse, fort de son expérience de la double articulation (signifiante et positionnelle) usuelle, se repérer dans un énoncé qui précisément en bouleverse les usages.

Les mêmes éléments supportent ainsi, dans la métaphore, une double opération de substitution : ils sont substitués à une autre signification et ils apparaissent, dans la phrase à la place d’un autre élément, encore différent de celui qu’ils ont vocation à représenter dans la seule dimension métonymique.

La confrontation avec cet autre élément, dont ils empruntent la place, produit des effets propres qui entrent en constellation avec ceux initiés par la substitution métonymique.

Ce changement de place provoque la possibilité de se faire jour pour un nouveau réseau de corrélations quant au sens produit par l’énoncé.

Il en résulte généralement l’émergence d’une création d’un sens nouveau, s’affranchissant en tout cas des strictes références aux qualités intrinsèques des éléments qui entrent dans la ronde des substitution et déplacement qu’avait instauré la métonymie.

Nous touchons à ce point à la dynamique propre de la comparaison qu’instaure la métaphore entre deux termes.

Les deux termes de la comparaison sont introduits par l’énoncé, puis, l’un des deux disparaît, est escamoté. Il ne sera plus présent dans l’énoncé sous sa forme propre au delà de ce premier temps. Il ne subsistera de lui que l’évocation que colporte et contient l’élément auquel il fut initialement comparé.

La complexité des créations métaphoriques résultent en outre du fait que l’élément qui subsiste de la comparaison (l’élément comparant), qui seul par la suite va supporter le contenu et l’architecture du message, devient à son tour la source d’une chaîne propre d’énoncés.

Ainsi, par exemple, dans le vers d’Eluard

" L’amour est un caillou riant dans le soleil "

l’amour est l’élément comparé ; les éléments comparant : caillou riant dans le soleil. La suite du texte pourra faire l’économie de l’évocation directe de l’amour par un simple recours à l’un des éléments comparant. Plus encore les éléments substitutions pourront à leur tour soutenir des développements autonomes de l’énoncé organisés autour des unités substitutives possibles caillou, riant, soleil.

Cela ne veut cependant nullement dire que l’efficacité de la présence sous-jacente de l’élément comparé va cesser de produire des effets sur le contenu du message et son sens. C’est précisément l’inverse qui se produit en ce sens où à défaut de pouvoir retrouver, dans le texte, dans la mémoire, l’élément initial, support de la comparaison (élément comparé) effacé, le sens des développements ultérieurs, lorsque la métaphore est filée, demeurent énigmatiques, voire insensés.

L’examen du vers d’un autre poète, René Char, illustrera cette particularité de l’efficacité durable de l’élément escamoté sur lequel repose totalement la possibilité de s’assurer du sens du message.

" Maigre terre condamnée

à la monnaie de bohémienne

toujours restons les obligés de l’inquiétude " (4)

Le lien de comparaison introduit ici comme similitude entre la position de la terre (" maigre terre ")et le statut de bohémienne dans la société (" monnaie de bohémienne "), caractérise un statut de la terre par contamination : celui de la pauvreté et de la précarité des conditions de survivance.

Cette comparaison posée permet de soutenir une substitution dans un second temps : celle de l’ordre naturel à l’ordre humain, social ou plus encore, une subversion, l’escamotage de la richesse naturelle au profit de la loi du gain. Cette substitution de la position de mendicité au statut de la terre, soutient à la fois l’énoncé qui en résulte et surtout permet d’en comprendre la visée.

A défaut de cette référence à l’élément escamoté, l’obligation à l’inquiétude surgirait comme une obligation relevant d’une éthique spirituelle ou morale " pure " - du côté de l’ascèse -, c’est à dire en l’occurrence sans aucun lien avec le champ du rapport de l’homme à la nature.

Le message serait privé de son expansion qui en l’occurrence est une invitation à adopter une réserve quant au modèle substitué (usage/usure) et à proposer une attitude de déférence et de conscience préoccupée quant à l’usage de la terre.

Le transfert de sens à opéré sur le mode de la transposition des registres : nous sommes passés du registre du rapport à la nature au rapport à une éthique. Le changement de place - l’escamotage - allié avec la base de la substitution métonymique, ont dessiné un nouvel espace sémantique qui permettent de subvertir les significations particulières des éléments linguistiques en jeu. Ces deux opérations conjointes soutiennent tout en conditionnant son déchiffrage, la délivrance d’un autre message.

Nous sommes confrontés à une polysémie des énoncés au sein d’un même message.

Telle est la spécificité fondamentale de cette figure rhétorique et sa différence radicale avec la métonymie qu’il convient de conserver en mémoire avant de poursuivre. Celle-ci en reste au niveau de la signification ; celle là travaille sur le transfert de sens.

Quelle utilité l’analyse de ces deux figures peut-elle présenter dans le cadre de notre propos ? Quel est leur place dans la théorie analytique ?

Elles sont l’objet de l’intérêt de Lacan lors du séminaire consacré aux Formations freudiennes des psychoses en 1956. Deux séances - 2 et 9 mai 1956 - leur sont consacrées.

Ce sont deux figures rhétoriques et, sous cet angle, il les analyse d’emblée.

Mais l’usage qu’il en fait l’emporte plus loin.

Il systématise l’approche qu’en initia Freud lorsqu’il les plaça en posture de rendre compte des modes opératoires de ce langage particulier qu’est l’inconscient.

Lacan, insistera, à l’instar des fonctions qu’elle supporte dans la langue et des rapports qui la lie à la métaphore, sur la constante présence de la métonymie lors des différentes phases de constitution de toute structure de sujet.

Il invitera la métaphore à soutenir un concept analytique qui recèle la clef et représente le point d’achèvement de ce processus.

La métonymie est au cœur du ressort de ce que Freud découvre des rêves comme des phénomènes marginaux de la vie normale (le lapsus, l’acte manqué, l’oubli).

Elle est la base du déplacement, de la condensation, de la figuration rendus possibles précisément par cette faculté de nommer un élément à l’aide de celui qui lui est juxtaposé.

Le destin de la métaphore dans l’aventure analytique sera fécond lui aussi. A l’occasion de son attentive lecture du texte légué par le Président Schreber (5), Lacan constate que son langage ne comporte pas de métaphore : " Je me suis arrêté sur toute une série de textes qui se répètent et qu’il serait fastidieux de vous dérouler tous ici. Quelque chose m’a frappé – même quand les phrases peuvent avoir un sens, on n’y rencontre jamais rien qui ressemble à une métaphore. " (6).

Ailleurs et plus tard il dira que l’opération de création métaphorique est impossible au psychotique. Forts de ce que nous venons de mettre en lumière de la spécificité de la métaphore, nous pouvons poser au minimum que l’opération dont la réalisation demeure impossible au psychotique est probablement celle du transfert de sens, du transfert du signifié.

Ainsi l’absence même de la métaphore comme figure de langue devient-elle un des jalons possibles de repérage de la carence même d’un signifié dont le rôle s’affirme comme d’importance majeure dans la constitution d’une structure.

Un pas de géant se franchît ainsi, du travail sur les figures langagières proprement dites jusqu’à la mise en lumière de leur dimension structurale inconsciente.

Elles sont un reflet des potentialités et des impasses d’une structure, du poids du langage sur la structuration du sujet..

Elles ont à lire, comme elles sont des supports de la lecture.

Nous nous acheminons vers l’assertion qui se présentera plus tard sous la plume de Lacan ainsi " L’inconscient est structuré comme un langage ".

Elles nous acheminent vers la formalisation, l’invention d’un autre concept majeur dans l’œuvre de Lacan, celui de la métaphore paternelle.

Métaphore paternelle : ainsi un concept de la théorie analytique reçoit-il un nom de figure de langue.

Ce concept va être utilisé comme opérateur par Lacan dans son travail de caractérisation des rapports du sujet au langage et à l’objet (et notamment le phallus), axes de constitution du sujet lors des différentes phases de l’Œdipe.

Ces élaborations seront postérieures à l’année d’enseignement qui nous intéresse ici. (7)

Il est captivant d’assister à leur naissance durant toute la période où Lacan met en lumière le primat des rapports du sujet au signifiant. La confirmation de cette place d’excellence s’étaie progressivement au cours de l’examen minutieux qu’il conduit de certaines figures de langue.

L’examen serré conduit plus haut de cette figure de la métaphore contribue à nous faire saisir la fécondité de sa transposition, de son appoint à l’évocation du destin du sujet.

Il s’agit bien des mêmes caractéristiques de structure dans l’ordination de la loi du désir au fil de la mise à l’épreuve de l’Œdipe et dans le procédé rhétorique. Recherche de la signification par mise en jeu de substitution progressives ; choix d’une substitution ; escamotage de la référence initiale et par suite, dimension de virtualité de ce sens inclus, sous tendant, bien qu’inaperçu, la chaîne des significations et le sens des messages. La transposition des règles de pure stylistique à celle de la structure du sujet est en tout point possible. Le sujet comme le sens d’un message demeurent et ne se révèlent que dans la contingence à un contexte, à une place, à un code, à sa syntaxe auxquelles il a fallu avoir accès et qu’il convient en permanence de décoder, de " filer " à rebours, de dé-filer.

Plusieurs séances du séminaire de Lacan consacré aux Formations freudiennes des psychoses (et notamment celles des 25 avril, 2, 9 et 31 mai 1956) reflètent cet itinéraire. Elles se déploient autour de deux ordres de considérations : les fonctions du langage dans la névrose et la psychose et des rapports du sujet à l’Autre.

Pour chacune de ces deux structures, les modalités du rapport à l’Autre nourrissent la dialectique des rapports du sujet au signifiant dont l’accès s’effectuera dans le champ de la parole et du discours.

De la confrontation progressive avec la dimension du symbolique résultera au bout du compte l’assomption du sujet.

Les démêlés de l’insertion qu’il y effectue pareront sa structure.

D’eux dépendent les particularités des phénomènes de langage et leurs perturbations qui seront propres à chaque structure.

En retour, les effets propres au signifiant vont structurer la réalité du sujet.

A chacune de ces étapes, l’Autre règne sur la partie.

Cela ne peut nous surprendre. C’est en effet de la prise dans l’Autre dont il s’agit toujours, avec la névrose comme avec la psychose, même, bien évidemment, si prise il y a entre deux pôles radicalement différents, celui de la méprise et celui de la prise en otage, de la mise aux arrêts.

Ce n’est qu’avec la résolution du complexe de castration que le sujet accédera à tous ses titres.

Cette prise de possession potentielle, symbolique, pour plus tard, des titres conquis par le sujet, tel est le résultat de l’opération que Lacan désigne sous le nom de métaphore paternelle. Elle se caractérise par la substitution du signifiant Nom du Père au désir de la mère, signifié au sujet.

Ce terme, dans le cas du sujet psychotique, ne sera jamais atteint du fait de la forclusion du signifiant Nom du Père.

 

Fabienne Jourdan
mars 2001

Notes

(1) - Séance du Séminaire sur les structures freudiennes des psychoses, leçon du 9 mai 1956, page 262 version des éditions du Seuil.

(2) - Synecdoque : Procédé qui consiste à prendre la partie pour le tout, le genre pour l’espèce….et inversement.

(3) - Hypallage : Figure consistant à qualifier certains noms d’une phrase par des adjectifs convenant à d’autres noms de la phrase.

(4) - René Char, in " En trente trois morceaux " -21-Editions GLM, Paris 1970

(5)- Mémoires du Président Schreber

(6)- Séminaire sur les structures freudiennes des psychoses, séance du 2 mai 1956, version éditions du Seuil, page 247

(7) - Séminaire sur les Formations de l’inconscient, 1957/1958.

La sculpture de Giacometti que nous avons choisie a pour titre "L'objet invisible".
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