| Plus que
dObjet Transitionnel, dont
lappellation lui paraissait trop
réductrice, Winnicott préférait parler
de Phénomènes Transitionnels. Leur
observation, leur description, leur
analyse définissaient pour lui, à
défaut dune structure, une aire
dite elle aussi transitionnelle, une zone
caractérisée par la nécessité
temporaire de ce quil nommait
lillusion. Quant à nous, si nous
gardons par commodité, le terme
dobjet transitionnel qui a été
retenu par la communauté analytique,
nous reconnaissons que notre intérêt va
avant tout aux processus qui se
déroulent à partir de cet objet, autour
de lui, dès lors quil est investi. Quel est donc le
statut de cet objet qui na
lair de rien? Trouvé dans un coin
de la maison, de la voiture ou de la rue,
cest souvent un véritable déchet,
et cela justement lorsquil est
respecté par les parents qui
reconnaissent limportance den
conserver létat tel quel. Ce bout
de chiffon sale, malodorant, en lambeaux
après un long temps dexercice, ce
nounours abîmé, cousu et recousu,
réduit parfois à un tronc informe,
chacun sait quil y a urgence
parfois vitale à ce quil soit aux
mains de lenfant, à certains
moments du moins, pour quil puisse
le renifler, sen caresser le bout
du nez ou le triturer avant de
sendormir. Chacun a pu apprécier
son caractère dapaisement
(conforter), son pouvoir de consolation
(soother), et la déréliction, la
détresse même, quentraîne son
absence ou sa perte. Les parents
préservent, à juste titre cet objet
qualifié par Winnicott de
" première possession
non-moi " de lenfant,
possession qui se révèle être tout
autant vénérée et adulée que mutilée
ou haïe.
Cest
effectivement le premier objet investi
nappartenant pas au corps de
lenfant, car on peut dire
quau début de sa vie le sein, bien
sûr appartient à lenfant au même
titre que le pouce, pour la satisfaction.
Lobjet transitionnel, pour
Winnicott, réaliserait ce paradoxe de
nêtre ni dedans ni dehors ou
plutôt dêtre à la fois et dedans
et dehors. En évoquant un dedans qui
serait en continuité avec un dehors,
nous ne sommes pas sans penser à cette
figure de la bande de Möbius, prise par
Lacan pour faire savoir comment
sébauche, se construit le sujet.
Si cest cela qui est en question,
quest ce que lobjet
transitionnel peut avoir à faire avec la
naissance dun petit sujet? Gardons
pour linstant cette interrogation.
Quand il
est présent dans la vie de
lenfant, lobjet en question
signale-t-il quon a affaire à un
temps particulier dévolution, un
temps qui se repèrerait précisément du
fait quil en serait
laccompagnateur quasi permanent?
Dans ce cas, fonctionnerait-il comme
simple indicateur que quelque chose se
joue, quelque chose dont la mesure ne
serait prise quaprès coup? Ou
devrait-on plutôt le penser comme un
objet de substitution assurant la
satisfaction, ou bien encore comme un
objet médiateur, voire un objet
condensateur, ou même activateur?
Finalement, est-il porteur ou non
dune, voire de plusieurs fonctions
déterminantes dans un temps de
symbolisation?
Winnicott
nous apprend que cet objet, quon
peut dire de nécessité, auquel
lenfant est attaché avec passion,
vise quelque chose qui se situe au-delà
de lexcitation et de la
satisfaction, orales à ce moment là,
alors même que celles-ci sont à
lorigine de la recherche de cet
objet. Retenons au passage cet
" au-delà ",
indiqué dailleurs dans le " trans "
de transitionnel et qui souligne un
dépassement à effectuer, une traversée
à faire, une transformation à opérer.
" Trans-ire ",
telle est létymologie à faire
travailler. Mais de quel au-delà
sagit-il?
Pour
pouvoir répondre à cette question, il
nest pas inutile de reprendre les caractéritiques
de lobjet transitionnel que
Winnicott a relevées dans sa clinique :
- Cest
un objet lié au sevrage, mais qui
accompagne lenfant bien après la
fin de celui-ci.
- Il
est élu par lenfant et ne doit pas
être changé, sauf par lenfant qui
sarroge en fait des droits sur lui.
- Il
doit, en tant quobjet, survivre
aussi bien à lamour instinctuel
quà la haine.
- Il
doit avoir une certaine consistance, une
certaine chaleur, être capable de
mouvement, témoigner dune
vitalité, dune réalité qui lui
serait propre. Dès que lenfant
émet des phonèmes, un mot peut
apparaître qui désigne lobjet
transitionnel et qui témoigne
généralement de lincorporation
partielle dun mot utilisé par les
adultes.
- Alors
que pour lobservateur, cest
un objet qui appartient au dehors, pour
lenfant il ne vient ni du dehors
ni du dedans. Ce nest pas non
plus une hallucination, cest un
" tenant lieu " qui
fera passer lenfant, de
lomnipotence magique, à la
perception et à la manipulation motrice.
Lacan discutera ce point.
- Voué
à un désinvestissement progressif, il
nest pas tant oublié que
relégué. Lenfant na pas à
en faire le deuil, son destin nest
pas non plus dêtre soumis au
refoulement, il perd en fait sa
signification et se répand dans le
domaine culturel tout entier. Il peut
également devenir un objet fétiche et
persister sous cette forme dans la vie
adulte.
- Il
est ce quon perçoit du processus
qui conduit le petit à accepter
(Bejahung) la différence et la
similarité et il constituerait alors une
sorte de point fixe pour lui, au moment
où il a à sengager dans la
difficile tâche de maintenir à la fois
séparées et reliées la réalité
intérieure et la réalité extérieure.
En ce sens il préparerait,
précèderait, létablissement de
lépreuve de réalité. Rappelons
(Winnicott ne le met pas spécialement en
relief, bien que cela soit contenu dans
ses observations), que lenfant est
à ce moment là confronté aux affects
éprouvés du fait de lalternance
des absences et des présences de
lobjet primordial ainsi que de leur
relative imprévisibilité. Pour
Winnicott, lobjet transitionnel,
dans cette aire dexpérience
allouée à lenfant soulagerait,
tamponnerait ce que peut avoir de dureté
la perception et lacceptation
dune réalité où la perte de
lobjet nécessite que soient
retrouvées les coordonnées de
satisfaction qui lui étaient liées.
- Winnicott
réfère lobjet transitionnel à la
fois à lobjet externe (pour
lobservateur), le sein, et à
lobjet interne dont
lélaboration seffectue à
partir de lobjet externe, mais dont
il se différencie puisquil est une
construction fantasmatique. Au départ,
" La mère qui reconnaît les
besoins de son enfant, donne à celui-ci lillusion
quune réalité extérieure existe,
qui correspond à sa propre capacité de
créer. Il y a donc dabord
chevauchement entre lapport de la
mère et ce que lenfant peut
concevoir. Lenfant perçoit le sein
pour autant quun sein ait pu être
créé ici et maintenant. Autrement dit,
la mère place le sein réel juste là
où lenfant est prêt à le créer,
et au bon moment. Cest en ce sens,
quon peut dire quil ny
a pas à ce moment, déchanges
entre lenfant et sa mère, puisque
psychologiquement, lenfant ne prend
au sein que ce qui est partie de lui
même et la mère donne du lait à un
enfant qui est partie delle
même ". Il ny a pour
Winnicott, dans ce type déchange,
quune illusion déchanges
Par la
suite, (nous suivons toujours Winnicott),
lorsquun objet transitionnel est
investi, " ce nest pas
lobjet qui est transitionnel,
lobjet ne fait que représenter la
transition du petit enfant qui passe de
létat dunion avec sa mère
à létat où il est en relation
avec elle en tant que
séparé ". Et Winnicott
insiste sur ceci : " Autant la
mère doit avoir pu illusionner son
enfant sur sa capacité à créer le sein
qui le satisfait, autant elle doit
semployer à le désillusionner,
en ne sadaptant
quincomplètement aux besoins de
lenfant ". On peut donc
se demander pourquoi lillusion en
tant que telle devient pour lui la
fonction majeure de lobjet
transitionnel, alors que précisément la
présence de cet objet signalerait
plutôt les tentatives que fait
lenfant pour sortir de cette aire
dillusion dunion, en
investissant un objet autre que le sein,
un objet à situer au-delà de la
satisfaction immédiate. Veut-il dire que
lobjet transitionnel a pour effet,
sinon pour fonction, de maintenir, encore
un peu lillusion dune union,
" le temps que le petit
sy fasse "? Lobjet
investi serait alors une sorte de bouchon
contre un trop dangoisse de
séparation et aménagerait en quelque
sorte le passage de lunion à la
séparation.
Pourtant,
et toujours dans le cadre winnicottien
dune séparation à effectuer, on
peut considérer lobjet
transitionnel autrement. Lorsque
lenfant possède un objet dit
transitionnel, il dispose dun objet
effectif à mettre entre sa mère et lui,
objet quil interpose et qui le
déleste sans doute dun excès de
jouissance. En ce sens il indiquerait
déjà un déplacement possible par
rapport à un objet saturant et
lamorce du début dun
processus de séparation. Ceci posé,
nous savons quand même que ce nest
pas lobjet ou la présence
dun objet qui peut séparer, il ne
peut être que lindice dune
séparation qui seffectue ailleurs.
Ce qui sépare cest quà
cette question : " que suis-je
pour ma mère? " lenfant
trouve une réponse autre que celle de se
constituer en objet de jouissance, et
cela ne se peut que si elle trouve un
répondant ailleurs que dans
lenfant à ce quelle désire.
- Que
se passe-t-il, se demande Winnicott,
lorsquil ny pas dautre
objet transitionnel que la mère
elle-même? Pour quil y ait objet
transitionnel, répond Winnicott, il faut
que lenfant ait pu construire au
dedans de lui un objet interne vivant,
bon, non-persécuteur, à limage de
la relation suffisamment bonne et vivante
avec le sein, les qualités de
lobjet interne dépendant des
caractères et du comportement de
lobjet externe. A la carence
dune fonction essentielle de cet
objet externe, correspond un objet
interne persécuteur ou mort, et aucun
investissement, aucune signification de
lobjet transitionnel nest
alors possible.
Le petit
bout de matière plastique que Sylvie,
enfant psychotique en traitement, dont
Anny Cordié évoque longuement le cas
dans son livre: " Un Enfant
Psychotique ", est-il un objet
transitionnel? Il faut bien constater que
dans la manipulation dun tel objet,
lenfant, au lieu de sy
conforter, sy dissout. Répétant
inlassablement :
" tablier ", tout
sarrête, tout se fige, dans cette
répétition même, lenfant restant
absorbé dans son rituel et dans le
signifiant qui en tient lieu, mais sans
que celui-ci ouvre à de nouvelles
association. Il ny a ni
mobilisation, ni substitution possible,
tant au niveau des objets quau
niveau des signifiants.
Quévoque-t-il du lien à
lAutre, ce petit morceau de
plastique pour que lenfant ny
puisse trouver aucun soutien à son
identité?
Cette
évocation rapide de ce que nomme Anny
Cordié un " pseudo
objet transitionnel " du
psychotique, nous invite à effectuer un
repérage théorique de lobjet
transitionnel à laide de
catégories moins phénoménologiques que
celles de Winnicott.
Dans sa
leçon du 26 juin 1963, dans le
Séminaire
" LAngoisse ",
Lacan introduit son commentaire sur
lobjet transitionnel par un
caractère commun à cet objet et à
lobjet a, la cessibilité.
Cest une notion suffisamment
importante pour que nous nous y
arrêtions.
Prenant
comme exemple la période du sevrage qui
nous intéresse ici et le sein comme
objet faisant strictement partie de
lenfant au nourrissage (sein qui
napparaît alors que plaqué sur la
mère), Lacan soutient que
langoisse se fait décisive non
lorsque le sein manque à son besoin,
mais " lorsque le petit enfant
cède ce sein auquel, quand il est
appendu, cest bien comme à une
part de lui-même. Que ce sein, il puisse
en quelque sorte le prendre ou le
lâcher, cest là où se produit ce
moment de surprise le plus primitif,
quelque fois vraiment saisissable dans
lexpression du nouveau-né, lorsque
pour la première fois passe le reflet de
quelque chose en rapport avec
labandon de cet organe qui est bien
plus encore le sujet lui-même que
quelque chose qui soit déjà un objet...
Cet état a été appelé
déréliction ". Il poursuit :
" Ce caractère donc de cession
de lobjet se traduit par
lapparition dans la chaîne
dobjets cessibles qui en sont, qui
peuvent en être les équivalents...
Cest par ce biais que
jentends ici directement y
rattacher la fonction de lobjet
transitionnel. On voit bien ce qui le
constitue dans cette fonction
dobjet que jappelle cessible,
Il est un petit bout arraché à quelque
chose, à un lange le plus souvent et
lon voit bien ce dont il
sagit quant au rapport du sujet au
support quil trouve dans cet
objet... Il sy conforte dans sa
position de sujet tout à fait originel,
de cette chute si je puis dire par
rapport à la confrontation
signifiante... Ce sujet mythique,
primitif, qui est posé au début comme
ayant à se constituer dans la
confrontation, mais que nous ne
saisissons jamais- et pour cause-, le a
la précédé et cest en
quelque sorte marqué de cette primitive
substitution quil a à ré émerger
au-delà ".
Pour Lacan,
on lentend, lobjet a
cessible, séparable, véhicule donc
quelque chose de lidentité du
corps qui antécède sur le corps
lui-même quant à la constitution du
sujet ; quant à lobjet
transitionnel, il apparaît quand a
est perdu, après sa chute et il soutient
le sujet qui doit affronter le monde du
langage, entrer dans le jeu symbolique.
Pour dire plus brièvement les choses,
lobjet transitionnel, tel
quil est posé ici, supporte en
fait un sujet en transition (car
cest bien le sujet qui est en
transition), un sujet souvrant à
la symbolisation. Il nest donc pas
rare que lobjet transitionnel soit
nommé dun signifiant où
sinfiltre le prénom ou petit nom
par lequel lenfant est lui-même
interpellé :
" Totin " pour
" Coquin ", par
exemple.
Lacan, dans
son Séminaire sur " La
Relation dObjet " va, à
plusieurs reprises revenir sur la
position de Winnicott, non tant par
rapport à lobjet transitionnel que
par rapport à la relation dobjet
en général. Car pour lui, Winnicott
laisserait penser quen fonction
dune harmonie préétablie, il y
aurait une convenance naturelle de
lobjet au sujet, et que
lexpérience de frustration
mesurée qui vise à désillusionner
progressivement lenfant passerait
pour épreuve de réalité, alors que le
principe de plaisir serait, lui,
identifié avec la relation satisfaisante
du nourrisson au sein maternel. Au
départ, (il reprendra sa critique dans
la Leçon du 5 février 1958 des
" Formations de
lInconscient ") il
ny aurait donc, dans la relation
mère-enfant idéale telle que la propose
Winnicott, aucune distinction entre
lhallucination surgie du système
primaire, cest à dire
lhallucination du sein maternel et
la rencontre de lobjet réel.
" Le désillusionnement dont
parle Winnicott ne seffectuerait
que parce que de temps en temps,
lhallucination surgie du désir ne
coïnciderait pas avec la
réalité ". Et cela ne peut se
soutenir, dit Lacan, que
" faute de pouvoir penser que
lobjet primaire ne correspond pas
strictement au désir
primaire ", et surtout, faute
de pouvoir penser quil y a pour
lenfant un franchissement à
effectuer, face à la confrontation
signifiante à laquelle il ne peut
échapper. " On ne voit pas
comment peut, du même coup se penser
lextrême diversité des objets qui
interviennent dans le champ du désir
humain ". Cest
effectivement la catégorie du désir en
tant que tel qui nest pas mise en
place par Winnicott et cest pour
Lacan, à nouveau, loccasion de
rappeler que ce qui est oublié ainsi
cest " la notion du
manque de lobjet ".
Toujours
dans le même Séminaire, dans sa leçon
du 12 décembre 1956, Lacan éclaire un
moment de bascule dans les relations
mère-enfant et lève là une confusion
possible. " Déjà, dit-il,
dans lopposition plus/moins,
présence/absence, il y a virtuellement
lorigine, la naissance, la
possibilité, la condition fondamentale
dun ordre symbolique, dun
ordre symbolique dont la mère est
lagent, elle qui présente ou non
à lenfant lobjet. Mais que
se passe-t-il si la mère, en tant
quagent symbolique de la relation
de lenfant à lobjet réel
quest le sein, ne répond plus à
lappel de lenfant? A partir
de ce moment là, en se dégageant de
lobjet réel qui est celui de la
satisfaction, elle devient, elle,
réelle, cest à dire que pour
lenfant, elle ne répond plus
quà son gré, devient une
puissance. Par un renversement de
position, cet objet, le sein, à partir
du moment où la mère devient puissante,
et comme telle réelle, cet objet va
devenir objet de don, susceptible lui
aussi, dentrer dans une connotation
présence/absence, dépendant lui aussi
de cet objet réel quest la
puissance maternelle, comme tous les
objets que par la suite la mère
introduira auprès de lenfant. Les
objets saisissables, possédables, ceux
que lenfant veut retenir auprès de
lui, ne sont plus alors tellement objets
de satisfaction, ils sont la marque de la
valeur de cette puissance qui peut ne pas
répondre. En dautres termes, la
mère est devenue réelle, et
lobjet, symbolique, il vaut comme
témoignage du don venant de la puissance
maternelle, tout en continuant à
satisfaire au besoin ".
Il en ira
ainsi de tous les objets investis par
lenfant, cest dans la Leçon
du 6 février 1957 :
" Cest en tant quun
objet réel qui satisfait un besoin réel
devient élément de lobjet
damour quil prend une
signification symbolique. Un autre objet
réel peut venir alors prendre sa place
pour la satisfaction " .Il
semble que lobjet transitionnel
prenne là le sens de signaler que cette
transformation a lieu. Un même objet
donc, dont on a vu quil était
déjà support du sujet dans un moment de
confrontation assume dêtre objet
réel pour la satisfaction substitutive
en même temps quobjet symbolique
du don damour.
Dans
" lActe
Psychanalytique ", à la leçon
du 6 décembre 1967, Lacan va faire
évoluer encore les choses. Introduisant
comme premier objet de jouissance, non
pas le sein, mais le pouce en tant que
celui-ci, est toujours à portée de
lenfant, il réaffirme que le
premier objet de lenfant,
cest celui qui peut régler les
choses pour que le moi-plaisir, le
" lust ich "
freudien, reste moi-plaisir. Ceci dit,
indiquant que cest probablement la
mère et non lenfant qui ressent le
plus le sevrage, il va placer les
relations du tout petit à sa mère comme
" interférées par
lobjet transitionnel ",
à savoir que ladoption dun
tel objet manifeste quelque chose comme
une contradiction, une opposition avec ce
que peut être à ce moment là le désir
de la mère. Faut-il aller plus loin et
voir dans le maniement de cette
interférence, dans linterposition
de cet objet la possibilité déclarée
pour lenfant de se positionner
comme ne répondant plus tout à fait à
cette place de phallus de la mère? Au
moment où elle a à trouver ailleurs
quen lui ce qui la comble, lui peut
se tourner ailleurs que vers ce
quelle lui propose. Cest, en
tous cas pour Lacan, le sujet naissant
qui fonctionne au niveau de lobjet
transititionnel.
Une autre
occurrence concernant lobjet
transitionnel chez Lacan se trouve dans
Le Discours de Clôture des Journées de
lE.F.P. consacrées aux " Psychoses
de lEnfant " (La
date nest pas mentionnée). Lacan
rend hommage à la finesse extrême de
Winnicott, qui pourtant, rappelle-t-il,
sexténue à ordonner, dans un
registre de développement le devenir de
lenfant autour de la notion de
frustration et en arrive ainsi au
paradoxe déjà évoqué, celui où
lhallucination ne remplirait pas
moins sa fonction que lobjet réel
pour lenfant. Puis il poursuit son
propos et devient très direct :
" Limportant nest
pas que lobjet transitionnel
préserve lautonomie de
lenfant, mais de savoir si
lenfant sert ou non dobjet
transitionnel à la mère... il conclut
sur ceci, somme toute assez énigmatique
: " Ce suspens (entraîné par
la question quil vient de poser) ne
livre sa raison quen même temps
que lobjet livre sa structure.
Cest à savoir celle dun
condensateur pour la jouissance, en tant
que par la régulation du plaisir, elle
est au corps dérobée ". Il
semble que nous ayons à entendre là que
non seulement lobjet transitionnel,
tout comme lobjet a condense
de la jouissance pour lenfant, mais
aussi que lenfant lui-même
condense de la jouissance pour sa mère,
sil occupe cette place dobjet
a et/ou dobjet
transitionnel.
Comment
conclure ce travail? Dabord, il
ny a pas à sétonner de
constater que les questions de Winnicott,
comme celles de Lacan, portent sur ceci
de fondamental, à savoir la possibilité
ou non pour un enfant de se dégager
dune position qui lassujettit
à sa mère, alors même quil a
été nécessaire et bénéfique pour lui
de se trouver à cette place dite de
phallus de la mère.
A partir de
là les conceptions divergent. En prenant
les choses par le biais de lobjet
transitionnel, on se rend très vite
compte que pour Winnicott, cet objet est
un substitut du sein, du bon sein même,
et que son rôle est finalement autant de
préserver lillusion dune
union avec ce sein, que daménager
progressivement le temps de la
désillusion, pour aboutir à une
séparation réussie. On se fait alors à
lidée que cette séparation a pour
lenfant, mais aussi pour Winnicott,
une forte charge dangoisse et que
lobjet transitionnel est là pour
la tamponner, pour en recueillir
lexcès, pour la rendre somme toute
acceptable.
Il
nen va pas de même pour Lacan.
Pour lui ce qui fait angoisse, cest
certes ce moment de cession du sein, car
celui-ci est à ce moment là partie
intégrante de lenfant lui-même,
mais cest une angoisse nécessaire
puisquelle correspond tout à la
fois à la condition pour que naisse un
sujet au symbolique, et pour quil
puisse investir ensuite dautres
objets, cessibles eux aussi, car devenus
symboliques du don damour. Dans
cette perspective, lobjet
transitionnel est le support, et là on
peut reprendre les termes de Winnicott,
le " conforter ", le
" soother " du petit
sujet confronté à lentrée dans
lordre symbolique qui savère
forcément décevant par rapport à
lobjet qui saturait la
satisfaction.
Langoisse
qui peut être éprouvée lorsque
lobjet ne peut être cédé, elle,
est bien pire, puisquelle est celle
dun sujet qui se trouve rivé à ce
qui pourtant labolit et le
néantise.
Marie-France BALTA
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