Psychanalyse et sciences affines

leur approche avec les quatre discours

Liliane Fainsilber

 

Lacan a pris appui, tout au long de ses trente années de séminaire, sur la linguistique, la logique, la topologie, l'ethnographie et sur la littérature et ramène tout ce qu'il en tire dans le champ propre de la psychanalyse. Mais on peut se demander ce que, à son tour, il a pu apporter à ces sciences voisines.
Je relisais, il y a quelques temps, ce que Lacan disait de ces rapports de la psychanalyse aux sciences affines, dans l'acte de fondation de l'Ecole. Par rapport à ce que la psychanalyse peut en recevoir, Lacan évoque la question du structuralisme. Concernant ce que la psychanalyse peut leur apporter Lacan en écrit cette phrase elliptique " … en sens inverse ce que de notre subjectivation, ces mêmes sciences peuvent recevoir d'inspiration complémentaire ".
Quelle est cette sorte d'inspiration que ces sciences voisines peuvent accueillir venant de la psychanalyse ?
Il faudrait bien sûr les reprendre une par une, mais il me semble que cet apport peut se résumer, d'une façon certes extrêmement resserrée, par ce qu'il a énoncé des quatre discours.
C'est une entreprise difficile d'expliciter avec des mots simples, je dirais de tous les jours, ces écritures.
Mais on peut déjà en faire un tout petit premier repérage en remarquant que ces quatre discours s'écrivent quand même en prenant appui sur ce que Lacan a défini du signifiant et du même coup du sujet (du sujet de l'inconscient) avec cette formule :
"Un signifiant représente le sujet pour un autre signifiant". Le premier signifiant est le S1, le second, celui pour lequel le sujet est représenté, est le S2. Le reste de l'opération de cette division subjective, c'est l'objet a, l'objet perdu et toujours à retrouver de la théorie freudienne. Il court sous la chaîne signifiante, c'est ce que Lacan appelle le ru du désir.
Il est de plus à noter que le discours qui correspond à cette définition du signifiant et du sujet, est le discours du maître. Preuve s'il en est qu'il ne mérite nullement le mépris, c'est celui qui nous sert à parler.


Le problème après c'est de faire tourner chacune de ces lettres et de justifier en fonction de leur déplacement, le nom que ces quatre discours prennent, nommément, discours du maître qui englobe, comme étant deux de ces variantes, le discours philosophique et le discours capitaliste, discours universitaire, discours analytique, et discours hystérique
Je les rappelle simplement :

 

Avec ces quatre discours, nous pouvons donc mettre en corrélation le discours analytique avec tous les champs de la connaissance et notamment ces sciences affines à la psychanalyse.
Par le glissement de ces lettres entraînant le passage de l'un à l'autre, on voit donc s'effectuer en souplesse, je dirais, harmonieusement, ce passage de la psychanalyse aux sciences qui lui sont proches, et même à celles qui lui sont plus lointaines, en tant qu'elles sont toutes effets de discours, dans lequel, le sujet du désir, lui-même, est pris. Cependant le discours analytique, dans lequel l'objet a, l'objet perdu de la théorie freudienne est mis en position dominante, est là pour rappeler en quel point de manque, est né le sujet, point de manque que toutes les sciences affines à la psychanalyse s'emploient à masquer, à suturer.

C'est cette primitive perte, celle qui fera toujours trou dans le savoir, que les sciences affines devraient pouvoir prendre en compte. Mais le pourront-elles alors que tout est fait pour l'élider, pour l'oublier, en allant résolument de l'avant, poursuivant l'objet, sous la forme d'objet ou de "sujet" de recherche.

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