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En
1908, dans Caractère et érotisme anal, Freud souligna la grande
signification (Bedeutung) des motions pulsionnelles regroupées
sous le nom d'érotisme anal pour le développement du moi.
Depuis,
ce thème a été traité et approfondi maintes fois par de nombreux
auteurs, et son importance fondamentale a été démontrée. Ce
travail ne pouvait se faire sans susciter de multiples résistances
venant non seulement de personnes extérieures à l'analyse,
mais également du côté de ses adeptes. Ceci tient au fait
que la formation psychique dont il s'agit, est soumise à des
processus de transformation les plus divers. Pour des raisons
semblables, à chaque fois que cette formation se présente,
elle pose d'emblée au traitement psychanalytique un des problèmes
les plus difficiles à résoudre.
Il
ne semble guère utile d'énumérer nommément les résultats de
ces études, étant donné qu'ils sont intimement liés au progrès
de la psychanalyse des dix dernières années et, de ce fait,
bien connus. Bien qu'elle soit riche et diversifiée, la littérature
spécialisée publiée jusqu'à ce jour reste insuffisante en
un point, à savoir la présentation détaillée des conditions
de l'érotisme anal telles qu'elles ont été élucidées jusqu'à
présent dans le cadre de cas cliniques correspondants. Seul
Freud a continué, et ceci de façon exemplaire, à travailler
dans ce sens. Je pense notamment aux chapitres de Remarques
sur un cas de névrose obsessionnelle et De l'histoire d'une
névrose infantile.(1)
La
présentation des deux cas nous fait ressentir vivement par
quels chemins laborieux l'analyse a évolué. C'est comme si
nous assistions à l'émergence des nouvelles découvertes et
nous nous doutons des résistances contre lesquelles elles
se sont développées.
C'est
cette méthode que nous allons suivre pour faire la présentation
clinique de notre cas qui s'avère être une névrose grave construite
sur la fixation de la composante pulsionnelle érotico-anale.
Il n'y a guère lieu d'ajouter que le matériel examiné, rassemblé
au cours d'environ sept mois est certes incomplet, et que,
du point de vue théorique également, de nombreux faits restent
obscurs. Néanmoins, le traitement avait progressé jusqu'au
point où le malade était rétabli, et des enchaînements et
des découvertes tout - à - fait utilisables avaient résulté
de sa cure. Tout en tenant compte de la singularité du cas,
je suivrai dans ma description le cours même de l'analyse.
Il est évident que je n'ai pu déceler la structure de la névrose
qu'à la fin du traitement, mais dans l'intérêt de la clarté
je ne m'en tiendrai pas strictement à la chronologie et j'animerai
le récit en y introduisant des éléments de la synthèse ultérieure.
A mon avis, ceci s'applique à toute description qui aspire
à la limpidité.
************
J.V.,
31 ans, employé des tramways, donne les indications suivantes
sur le début de sa maladie :
Il
y a deux ans et demi, il tomba du marche - pied de son tramway
qui roulait à pleine vitesse. Il heurta un pilier, ce qui
lui valut des contusions à la tête, à l'avant-bras et au flanc.
Toutes les blessures se situaient du côté gauche. Il perdit
connaissance et fut transporté du lieu de l'accident au service
de chirurgie de l'hôpital.
Il
s'avéra tout de suite - entre temps il avait repris connaissance
- qu'il n'était que légèrement blessé : à part la blessure
de la tête qui dût être refermée avec des agrafes, il ne présentait
que des égratignures au niveau de l'avant bras et du côté.
A ce moment-là, personne ne pensait à l'éventualité d'une
lésion interne. Pendant le séjour à l'hôpital de J.V., le
médecin traitant fit également radiographier les zones blessées.
Le résultat fut négatif. Après trois semaines à l'hôpital,
il en sortit guéri. Il reprit son travail et se porta bien
pendant un certain temps.
Quelques
semaines plus tard, il commença à éprouver des douleurs en
dessous de la première côte du côté blessé. Ces douleurs ne
se manifestèrent d'abord que rarement, pour devenir de plus
en plus fréquentes, jusqu'à prendre le caractère de véritables
crises. Celles-ci se produisaient à de courts intervalles
d'environ deux semaines, duraient de quatorze à seize heures,
puis disparaissaient. Pendant la crise, il ressentait une
douleur lancinante au côté gauche "comme si un objet
dur voulait en sortir". Il sortait de la crise épuisé
et avait besoin de se reposer.
Entre
les crises, rien de particulier ne se passait si ce n'est
qu'il ressentait un léger pincement au côté à la moindre émotion.
Graduellement,
la douleur devint de plus en plus persistante intolérable.
Il était souvent obligé d'abandonner son travail pour aller
porter ses plaintes d'hôpital en hôpital, tant et si bien
les médecins finirent par ne plus s'y retrouver.
Au
bout de deux ans de sa maladie, lorsqu'il perdit connaissance
et que des états semblables se répétèrent au cours de crises
graves, on l'envoya dans un service de neurologie. Vu les
résultats négatifs auxquels arrivèrent aussi bien les chirurgiens
que les spécialistes de médecine interne, on diagnostiqua
une hystérie traumatique. C'est à ce titre que le cas fut
proposé au traitement psychanalytique.
Avant
même que le patient ne m'ait fait le récit détaillé de son
histoire, la cure s'annonça sous les auspices d'un transfert
violent qui attira toute mon attention et qui ne s'expliqua
que plus tard par le fait qu'il avait été traité préalablement,
pendant longtemps, par d'autres médecins.
Je
dois avouer que le comportement du patient me semblait à l'époque
si insolite que l'idée d'un faux diagnostic m'avait effleuré.
Dès le début de l'analyse, il commit deux actes étranges :
si l'un pouvait, à la limite s'expliquer, l'autre paraissait,
au premier abord, complètement insensé.
La
première séance avait à peine commencé lorsqu'il se leva brusquement
et dit qu'il avait ressenti exactement comme si le divan s'était
mis à rouler avec lui. Il s'agissait là visiblement d'une
tentative d'échapper à une situation qui lui était inhabituelle
et à la proximité du médecin. Lorsque je parvins enfin à le
décider à s'allonger à nouveau, il fut incapable de produire
des idées (Einfalle) ordonnées.
A
la fin de la séance, après avoir pris congé, il s'arrêta devant
moi, me fixant un certain temps, le cou tendu et les yeux
écarquillés. Il me fit l'impression d'un dément. Longtemps
après, je trouvai l'explication de cet "acte symptomatique".
Je l'insèrerai en temps voulu dans la description.
Quelques
jours plus tard, il effectua encore un acte qui était sans
doute un acte symptomatique qui permit d'entre - apercevoir
un premier bout de sa vie psychique inconsciente: il se leva
du divan, fit un demi-tour maladroit et retomba à plat ventre
(sur le divan) les jambes pendantes.
La
même attitude s'exprimait également dans les rêves de cette
période introductive. Une fois, il rêva d'un lion qui le mordait
à l'épaule gauche, une autre fois, il se disputait avec son
jeune frère qui voulait l'abattre d'un coup de fusil. Au cours
d'un troisième rêve, il se vit en train d'essayer de monter
dans le train de la "ligne royale" (Hofzug)(2),
mais il fut encerclé par des soldats qui le menacèrent d'un
châtiment atroce qu'ils ne nommèrent pas. En dernier, il rêva
d'une scène rappelant son service militaire où un supérieur
lui donnait un coup de coude badin.
L'aspect
le plus important de ces rêves qui s'enchaînent les
uns aux autres comme un programme et qui dévoilent dans leurs
représentations l'homosexualité passive du rêveur, est le
démontage successif des fantasmes inconscients qui structurent
le terrain dont ils ont surgi. La défense qui se sert d'abord
d'une forme d'expression si violente - l'on pourrait dire
: archaïque - mythique - finit par se transformer en badinage.
La production de matériel mnésique effectif à partir de ces
rêves fut néanmoins très limitée. Comme il l'avait fait avec
son acte symptomatique, le patient paraissait ici encore,
tout avouer et tout cacher en même temps.
Il
est difficile de parler de résistance ou d'incompréhension
quant au déroulement de la cure, puisqu'il avait déjà accommodé
les règles conductrices de l'analyse avec l'ensemble de ses
manifestations inconscientes. Je ne peux considérer son comportement
que comme une forme particulière de renfermement, que j'approfondirai
plus loin.
Le
passage vers un transfert plus mitigé et en même temps plus
rationnel s'effectua à travers une série de rêves qui, d'après
leur contenu, appartiennent au type connu des "rêves
de vol".
Il
volait seul dans l'espace ou dans une salle devant des spectateurs,
ce qui provoquait, grâce à une régression des sentiments,
un plaisir narcissique de son propre corps (3). Comme
les précédents, ces rêves ne fournirent que peu de matériel
mnésique. Ils n'avaient aucun lien avec la réalité qui entourait
le patient, n'étant que pure expression d'une tension intérieure
momentanée. Ni ce type de rêve, ni le précédent, ne réapparurent
au cours des longs mois du traitement analytique, ce qui m'amène
à les considérer comme sa manière particulière de rétablir
son équilibre ou de s'adapter à la cure.
Après
ces intermèdes variés, je réussis enfin à l'amener à une explication
détaillée des circonstances qui avaient provoqué la maladie.
Toutefois, il y a lieu de faire précéder cette explication
par la caractérologie du patient telle qu'elle s'était présentée
jusque là. C'est à partir de ces deux éléments que le véritable
programme de travail de l'analyse s'est élaboré.
Le
patient donne l'impression d'être un homme ayant confiance
en lui, qui sait ce qu'il veut et qui s'occupe avec soin de
consolider sa situation. En changeant plusieurs fois de métier
(fait que je reprendrai en détail plus loin), il sut progressivement
améliorer ses conditions d'existence, et en s'engageant activement
pour la cause de sa classe sociale, il sut en même temps faire
avancer ses propres intérêts. Aujourd'hui, il est le leader
de son groupe de travailleurs en ce qui concerne les questions
sociales et politiques, et ses paroles ont du poids. En même
temps, il se montre très modéré dans ses opinions dont il
sait convaincre ses camarades.
C'est
de cette manière qu'il a su sublimer et compenser une grande
partie de sa libido homosexuelle. Et c'est également là que
se trouve enracinée sa grande confiance en sa propre valeur.
Apparemment, il a des dons oratoires; il tend à s'exprimer
en tournures alambiquées tout en employant un vocabulaire
cru, ce qui produit souvent un effet amusant. Sa façon de
penser est cependant raisonnable à tous égards et fait supposer
qu'il réfléchit mûrement avant d'agir. Les personnes de son
espèce n'ont pas vraiment le sens du style; il leur manque
la faculté d'analyser l'acte même de penser : ce sont des
gens qui pensent en agissant.
Par
ailleurs, le patient manifeste une soif insatiable de culture
(4) qui, en l'absence de lignes directrices rationnelles,
s'est développée de manière autodidacte, ce qui a pour effet
une originalité quelque peu biscornue. Ainsi, par exemple,
il s'est constitué une "bibliothèque manuscrite"
en rédigeant des copies de tout ce qui l'intéressait depuis
des années et en les conservant. De temps en temps, il recopie
ces écrits -des poèmes, des articles de journaux de contenus
divers -dans de nouveaux cahiers, comme s'il voulait rendre
le propre encore plus propre (4).
Il
prend grand plaisir à apprendre par cur des passages
de textes qui lui plaisent, et même si la compréhension d'uvres
lyriques lui fait défaut, il affectionne des pièces sentimentales
du seul fait qu'elles riment. Il tient également une sorte
de journal intime dans lequel il inscrit des données d'intérêt
général, tout talent pour des élans personnels lui faisant
défaut. Outre son activité de copiste, il aime dresser des
tableaux de dépenses et de calculs budgétaires.
Tout
ce qui a trait à son activité d'écriture est tenu dans l'ordre
le plus rigoureux. Il a tout en tête et impressionne de ce
fait son entourage modeste. L'érotisme anal sublimé (5)
qui transparaît ici, se trahit par ailleurs, en un vif intérêt
pour les mécanismes matériels de la vie ainsi que dans un
besoin de se faire reconnaître constamment et de diverses
manières.
Ce
qui l'intéresse cependant tout particulièrement sont les problèmes
biologiques, et surtout la génétique. Il a acquis un certain
savoir sur la question en lisant des textes de vulgarisation
ou en fréquentant occasionnellement, de manière illicite mais
avec l'aide du personnel de service, des instituts scientifiques.
Cet intérêt s'est éveillé pendant ses années d'enfance à la
ferme et peut être ramené étape par étape, à la pulsion épistémophilique
infantile. L'élevage des animaux domestiques, et surtout de
la volaille, l'attirait tout particulièrement. Il raconte
qu'il s'était occupé à cette époque, des conditions de la
couvade, passion à laquelle il sacrifiait des quantités d'ufs
de poules et d'oiseaux.
Ultérieurement,
chaque fois qu'il changea de métier, il songea sérieusement
à s'installer à la campagne et à faire de l'élevage d'oiseaux
à grande échelle. Ce désir semble être si fort en lui qu'il
le réalisera certainement un jour. En attendant, il se contente
d'élever plusieurs oiseaux chanteurs qu'il dresse et nourrit
lui- même. Dans une forêt proche de la ville, il se livre
à ses autres "dadas" ornithologiques. Au moment
de son analyse, il se rendait pendant plusieurs semaines,
à l'habitat d'un pic-vert et observait avec un plaisir visible
comment celui-ci faisait sortir sa nourriture de l'arbre en
y donnant des petits coups de bec.
Toutes
les particularités décrites ici et qui seront complétées par
d'autres, peuvent être considérées comme représentant discrètement
et à fleur de conscience, des complexes que l'on peut supposer
chez lui sinon pathogènes, tout au moins très accentués.
Parallèlement
à ces premières informations, j'appris son histoire familiale
dont je ne relaterai ici que l'essentiel.
Il
est le fils aîné d'un couple de paysans qui vivent encore
à la ferme où il a grandi. Des quatorze enfants issus de ce
mariage, huit sont encore en vie. Le plus jeune enfant, une
fillette de sept ans, n'est pas sans rapport avec la névrose
du patient ainsi que la sur aînée, âgée de vingt-quatre
ans, dont il juge le mode de vie très sévèrement et ceci sans
motif valable. Il se trouve que cette sur était née
au moment où le patient s'intéressait vivement à la sexualité.
Il observait jalousement combien sa venue au monde était attendue
avec amour; un souvenir écran fait apparaître son désir de
mort vis-à-vis de cette sur. Même plus tard, son attitude
ne changea pas à son égard et par identification inconsciente
avec son père, il trouvait toujours quelque chose à lui reprocher.
Pendant le traitement, à l'occasion d'une visite chez les
parents, il mit son prétendant à la porte. Quant à la relation
avec la plus jeune sur, elle ne put être élucidée qu'à
un point avancé de la cure.
Les
liens avec ses frères auprès desquels il se plaisait dans
son rôle d'aîné, n'étaient pas particulièrement profonds,
à l'exception d'un d'entre eux qui s'était passé pendant l'adolescence.
Du fait qu'il lui avait prêté l'argent pour aller se baigner
il se sentit longtemps responsable de sa mort. Il avait seize
ans à l'époque.
Les
sentiments qu'il éprouve lorsqu'il assiste en tant que conducteur
à des accidents de la circulation, font ressurgir le souvenir
de ce frère.
Des
souvenirs très précis datant des premières années de sa vie
se rattachent aux grands-parents qui vivaient avec la famille.
La
déférence que leur témoignaient les grandes personnes grossissait
leur importance aux yeux de l'enfant. La grand-mère remplaçait
souvent la mère pendant ses nombreux accouchements et veillait
à ce que tout soit tenu dans le plus grand ordre. Il dit avoir
hérité d'elle ce trait de caractère.
D'après
ce qu'on lui a raconté, il a commencé à marcher ou "plutôt
à ramper, dès l'âge de neuf mois (il était précoce). C'est
à ce moment-là que sa grand-mère lui aurait marché sur le
pouce par inadvertance, et à partir de là, il aurait cessé
de sucer son pouce. C'est donc à la femme qu'incombe le râle
du premier rabat-joie. Il prétend également avoir entendu
les premières menaces de castration de la bouche de cette
grand-mère. Un souvenir particulier se rapporte à sa bouche
édentée et au fait qu'elle avait soigneusement rassemblé ses
dents tombées dans un petit sac de lin qu'elle conservait
sous son matelas.
Nous
aurons l'occasion d'y revenir, mais nous pouvons déjà faire
remarquer l'aspect tout - à - fait frappant du patient : il
lui manquait la totalité de ses incisives supérieures.
Les
souvenirs évoquant le grand-père sont moins marquants, bien
que les premières manifestations de transfert spécifiques
(contrairement à celles, non personnalisées, décrites au début)
se rapportent à lui qui fut certainement le premier objet
d'amour narcissique du patient. Plein de force et d'énergie
jusqu'à un âge avancé, il dirigeait la ferme comme bon lui
semblait. Même le père vivait à l'ombre de son image, ce qui
permit ultérieurement une relation de camaraderie presque
sans conflits, entre le fils et le père. En effet, la relation
du patient à son père a toujours été celle qu'il avait pu
observer entre ce dernier et le grand-père.
Un
souvenir d'enfance évoque le grand-père sauvant son petit-fils
alors âgé de six ans -de l'attaque d'un taureau enragé. Dans
un autre souvenir d'enfance, le grand-père apparaît comme
un fabricant de fromage sûr de lui ; il aurait toujours reconnu
à l'odeur si un fromage avait été fabriqué par lui-même ou
par sa femme, ce qui occasionnait maintes plaisanteries à
table.
Aussi
bien le grand-père que le père se distinguaient par un sens
prononcé de la justice. Le patient considérait depuis toujours
ce trait de caractère comme un signe de virilité fermement
établie, et digne d'être pris en exemple. Nous verrons que
cette conviction permet de supposer des motifs encore plus
profonds.
Pris
dans des difficultés financières, les parents furent obligés
de le faire entrer comme apprenti chez un boulanger dès l'âge
de quatorze ans. Au terme de son apprentissage, il partit
à la grande ville et travailla pendant plusieurs années pour
différents employeurs. Une opportunité lui permit de changer
de métier une première fois: il devint laborantin dans une
pharmacie.
Il
est clair qu'il trouva un plaisir évident à exercer ces deux
métiers : quand il était boulanger, il avait beaucoup de plaisir
à pétrir la pâte à pain blanche et pure; à la même époque,
il apprit à faire la cuisine. Au laboratoire, il travaillait
de préférence parmi les liquides aromatiques et odorants.
Il quitta cette place à la suite d'une déception sentimentale
et entra dans la compagnie des tramways.
Au
début, en travaillant comme conducteur, il vécut plusieurs
accidents, dont un l'affecta profondément: un soir, dans la
pénombre, il avait renversé un homme qui fut littéralement
scindé en deux. Plus tard, il obtint une place de contrôleur.
Il
avait à peine vingt-quatre ans lorsqu'il épousa une jeune
fille à qui il avait fait la cour auparavant et dont il s'était
éloigné pendant un certain temps à la suite d'une dispute.
Le ménage est resté sans enfant depuis des années bien que
le patient en ait souhaité un dès le premier jour.
La
connaissance de tous ces faits nous permit de mieux saisir
la névrose et surtout le moment déclenchant. Aucune allusion
à l'accident décrit n'apparut dans les rêves, ni dans les
autres indications données par le patient jusqu'alors. En
revanche, peu de temps après, l'accent mis sur l'évènement
traumatique se déplaça et, de plus en plus clairement, se
révéla être non pas la chute du wagon de tramway, mais, à
ma grande surprise, l'examen radiologique pratiqué pendant
l'hospitalisation.
Dans
un premier temps on ne pouvait que s'étonner de l'opiniâtreté
avec laquelle le patient continuait à demander de nouvelles
radiographies sous le prétexte rationnel que sa maladie (la
douleur du côté gauche) devait être d'origine organique. Ce
souhait repété finit par attirer mon attention et il en résulta
ceci : l'examen radiologique entrepris au moment de l'accident
par le chirurgien avait eu un grand impact psychique sur le
patient. Rien que d'avoir eu à se déshabiller devant le chirurgien,
et plus encore, d'avoir subi les manipulations préparatoires
(afin que le patient ne bouge pas, on lui avait, entre autres,
immobilisé les extrémités avec de petits sacs de sable), il
avait été plongé dans un état d'attente anxieuse. Au moment
où la lampe s'alluma et commença à fonctionner avec un crépitement
bruyant, il fut un instant paralysé d'effroi. Il avoue que
l'examen en soi fut quelque peu décevant. Dans son angoisse,
il s'était certainement attendu à ce que le chirurgien procède
ensuite à une opération quelconque, par exemple lui enfoncer
brusquement un instrument dans le côté. Mais rien de tel n'arriva.
Le
processus psychique en jeu échappa bien sûr, complètement
au patient et continua à se développer de manière indépendante
dans son inconscient. L'incident dans son ensemble devint
le point de cristallisation d'un fantasme de désir libidinal
à caractère homosexuel passif. Ceci fait également supposer
que le désir d'être à nouveau radiographié correspondait
non seulement à la motion pulsionnelle inconsciente que nous
avons décrite, mais aussi à une tendance à la décharge. En
effet, par le biais de la répétition, l'affect de déplaisir
et la tension qui n'avaient pas pu être déchargés à l'époque,
auraient pu être diminués. Bien entendu, je ne pouvais au
départ, me faire une idée précise sur le degré d'accumulation
de libido, ni sur les autres facteurs déterminant ce désir.
L'analyse avança dans ce sens lorsque le patient fournit une
description globale de ses crises de douleur avec de nombreux
détails nouveaux.
Vingt-quatre
heures avant la crise, il sent une grande inquiètude l'envahir.
Il s'énerve pour des choses qui ne le touchent guère habituellement.
Il devient silencieux et irritable, en particulier chez lui
où il se conduit sèchement vis-à-vis de sa femme; au fur et
à mesure que la crise approche, l'assistance et la proximité
de cette dernière lui deviennent de plus en plus insupportables
(6). Son comportement récalcitrant fait apparaître
sa maladie comme une affaire purement personnelle. Lorsqu'on
l'interroge en passant sur son état de santé, il réagit violemment
et se met en colère. Le changement d'humeur s'accompagne d'une
constipation opiniâtre qui ne cède à aucun médicament.
La
douleur au côté se manifeste au lendemain de ces prodromes
réguliers et s'intensifie en quelques heures au point que
le patient ne peut plus se tenir debout ni s'asseoir. Allongé,
il ne supporte une même position que pendant quelques minutes.
Dès que les douleurs atteignent leur point culminant, il devient
faible et las. Il est alors obligé de s'allonger sur le côté
gauche et de mettre un petit coussin pour atténuer les douleurs.
Il lui arrive de s'assoupir dans cette position pendant un
moment. Les crises avec perte de connaissance sont précédées
par un bourdonnement dans la tête et un voile noir devant
les yeux. Après les crises, il ressent des fourmillements
dans tous les membres et reste engourdi pendant un certain
temps ; il finit par se libérer d'abord par des vents de sa
constipation.
Cette
description, qui est presque mot pour mot celle que me fit
le patient, ainsi que le comportement impressionnant au moment
des crises qu'il mima devant mes yeux, m'amenèrent à l'idée
suivante qui m'avait déjà effleuré plusieurs fois mais que
j'avais toujours écartée comme étant insensée : si tout ceci
était vrai. les crises ne pouvaient être que l'imitation d'un
accouchement et la constipation la conversion des symptômes
une grossesse hallucinée, à mettre en relation avec la scène
de la radiographie (7). Cette imitation est évidemment
à comprendre comme étant transformée et rendue méconnaissable
par la composante érotico-anale (partus per anum) qui soutend
les mécanismes névrotiques.
Un
trait infantile constant domine le tableau. Interrogé prudemment
à ce propos, le patient raconte que, à l'âge de dix ans, il
avait entendu les gémissements et les cris d'une femme qui
accouchait. Il s'agissait de la voisine de la famille qui
ne put accoucher de son enfant pendant deux jours, si bien
que le médecin dut intervenir avec le forceps. Il a un souvenir
précis de cette femme couchée sur le lit et tirant les jambes
vers le haut pendant les douleurs. Sans se faire remarquer.
il avait observé cette scène plusieurs fois. Il croit se rappeler
vaguement avoir vu le cadavre morcelé de l'enfant dans une
mangeoire en bois -Grâce à un ensemble d'expériences vécues
par le patient. il me fut plus tard possible de mieux cerner
la douleur dans les lombes - pour ainsi dire un avatar mythique
de la genèse qui dit qu'Eve naquit de la côte d'Adam.
Cependant,
je me vois contraint de suspendre momentanément le fil de
ce récit pour décrire brièvement des troubles intestinaux
d'origine nerveuse, dont le patient avait souffert quelques
années auparavant et qui furent analysés en parallèle avec
la maladie récente. Au cours de la première année de son mariage,
il y a sept ans, il avait contracté à son lieu de travail
un grave refroidissement accompagné de fortes fièvres. C'est
à la suite de cette maladie et après une longue période de
convalescence, qu'un curieux trouble intestinal se déclara
(8). De retour à son travail, il lui arrivait d'avoir
à quitter son tramway précipitamment au milieu de son trajet,
pour aller soulager un besoin urgent et douloureux. Alors,
il se torturait en vain, car il lui était impossible d'évacuer.
Le traitement médical prenait en compte les nombreuses plaintes
et les symptômes du patient dans toute leur variété, et tentait
à peu près tout ce qui s'impose lorsqu'une affection intestinale
ne répond pas à un diagnostic net.
On
procéda également à un examen chimique de l'estomac, dont
la description par le patient et un rêve qui s'en suivit,
m'apportèrent enfin l'explication de l'acte symptomatique
passager qu'il avait produit au début de l'analyse et qui
était resté énigmatique jusque là. Dans le fantasme du patient,
l'sophage s'était vu attribuer un sens secondaire pervers
(objet de fellation).
Son
comportement étrange, qui correspondait exactement à l'attitude
que l'on prend lors d'un examen de l'estomac, le cou tendu
en avant, les yeux anxieusement écarquillés, etc. apparaissait
comme la disponibilité inconsciente pour une perversion homosexuelle.
Cette attitude féminine à l'égard du médecin, représentait
également, dans la suite de la cure, la clef de tous les actes
symptomatiques.
Parmi
les divers symptômes de la maladie, une constipation opiniâtre
se cristallisa peu à peu, et j'y reconnus sans peine une formation
hystérique dans le sens qu'y donne Freud. Lorsque,
au bout de plusieurs mois, cette constipation finit par menacer
l'emploi même du patient, elle cessa d'elle-même petit à petit.
L'introduction de suppositoires dans l'anus sur prescription
médicale, était un autre moyen efficace. A l'époque, le patient
se trouvait très satisfait de ce traitement.
La
mise en relation de ses conditions de vie de l'époque avec
cette hystérie mono symptomatique, qui avait cessé spontanément,
permettra d'autres éclaircissements.
Des
incidents liés à son emploi, en particulier le fait qu'il
avait à plusieurs reprises renversé des passants dans la rue
(dont un garçon qui fut heureusement rattrapé par le dispositif
de protection (9) l'assombrirent et l'amenèrent à envisager
un autre changement de métier.
Sa
maladie trouva des motifs importants dans sa vie conjugale.
Comme je l'ai déjà relevé, le mariage n'avait pas été conclu
sans incidents; par hasard, et au dernier moment, il avait
notamment appris la présence d'un enfant illégitime. Le manque
d'honnêteté de la fiancée et son manque de confiance en lui
avait profondément peiné le patient : il lui fut moins difficile
d'accepter l'enfant elle-même ; aussi la prit-il par la suite
immédiatement chez lui. Néanmoins, il s'était senti trompé
(idées de jalousie avec un intérêt marqué pour le séducteur)
et avait, de ce fait, interrompu ses relations. Plusieurs
mois après, il avait fait une première proposition de conciliation.
Ses parents n'avaient pas assisté au mariage, ce qu'il ressentait
douloureusement. Le père avait été souffrant et la mère venait
d'accoucher de sa plus jeune sur. Comme nous aurons
l'occasion de le remarquer, les accouchements fréquents de
la mère sont à mettre en rapport avec ses activités érotico-anales
infantiles. Il semblerait qu'ici encore, la pulsion refoulée
ait été renforcée, à un moment propice, par l'évènement (la
naissance de la sur).
Les
revenus modestes du jeune ménage obligeaient le patient à
vivre économiquement, bien qu'il aspirât, dès le premier jour,
à suivre l'exemple de ses parents et à avoir un foyer bien
équipé. Son esprit systématique fut alors mis en valeur. Toutes
les acquisitions devaient se faire selon un plan bien ordonné:
d'abord l'installation, ensuite les rejetons. C'est pourquoi
de reporter à tout prix son vu le plus cher, celui d'avoir
un enfant.
C'est
le moment d'analyser ce vu de plus près : il ne pouvait
qu'être sous-tendu par un énorme amour propre narcissique,
car au cours de ses rêveries, il ne pensait qu'à un rejeton
mâle. La constipation nerveuse fut déclenchée par les effets
combinés des différents faits que nous venons de résumer.
Ceux-ci apparaîtront encore plus clairement et de manière
plus déterminée dans le tableau d'ensemble, et plus particulièrement
son désir de vie (10) que le patient avait ajourné
et dont les racines sont à rechercher dans des représentations
infantiles libidinales. En fin de compte, cette constipation
ne pouvait avoir d'autre sens que celui de reporter l'arrivée
de l'enfant attendu. L'équivalent entre enfant et fèces qui
est courante dans la pensée inconsciente (11) se vérifiait
également dans ce cas à plusieurs reprises dans les rêves.
Je
reviens au symptôme principal de la névrose actuelle du patient,
à savoir la douleur lombaire dont nous avons vu qu'elle avait
été déterminée par toute une série d'expériences vécues. Je
réserve les considérations concernant ses fondements qui se
situent au niveau des fantasmes de désirs érotico-anaux jusqu'au
moment où j'aborderai les relations infantiles et les dispositions
favorisant le maladie. Il se peut que ces dernières qui avaient
provoqué une fixation intense aient suffi à elles seules à
incliner la sexualité labile du patient du côté de la névrose
en corrélation avec la scène observée à dix ans par le jeune
garçon.
D'autres
incidents auxquels il réagit selon sa disposition, de manière
"traumatophile", furent décisifs : un jour, son
grand-père le poursuivit à cause d'une espièglerie. L'enfant
s'enfuit, mais le vieil homme lui courut après et finit par
le rattraper. Le patient fut moins impressionné par la correction
qu'il reçut que par les jambes robustes du vieillard. La poursuite
et le point de côté qu'il ressentit en courant, sont étroitement
liés dans son souvenir.
Une
scène tout à fait analogue, mais moins amusante, lui arriva
lorsqu'il avait neuf ans. Par malchance, il avait cassé, avec
une fronde, les deux dents de devant d'une petite fille. Le
père de l'enfant blessée arriva et voulut le punir pour ce
méfait. Pris de peur, le patient s'était enfui en courant
à travers champs. Finalement, à bout de souffle et épuisé
au point de s'évanouir, il fut rattrapé et corrigé.
A
ces deux expériences - l'approche menaçante d'un homme s'en
ajouta, vers sa quinzième année, une troisième, apparemment
sans importance. Mais dans l'après-coup, et justement par
le biais de la "radiographie", elle prit un poids
extraordinaire. A cette époque, il eut la diphtérie, et le
médecin traitant lui sauva la vie par une injection de sérum
dans le côté gauche(12). C'est à cet évènement réel
oublié que le fantasme de désir homosexuel ultérieur s'était
rattaché.
Par
conséquent, sans aucun doute, en raison de sa grande sensibilité
homosexuelle,(13) le patient, en essayant de maîtriser
l'effet psychique produit par la radiographie, se trouva extrêmement
limité dans sa mobilité psychique.
Cette
succession de faits devient ainsi la cause directe de la névrose.
Un souvenir particulier du patient, remontant à sa quinzième
année, vient conforter l'existence d'une pulsion partielle
érotico- anale insistante. Il raconte qu'il avait du mal à
déféquer en plein air comme tout le monde; accompagnant la
pulsion exhibitionniste refoulée, on reconnait ici la défense
contre son homosexualité passive (14). L'onanisme occasionnel
de la puberté, abandonné par la suite, laisse supposer que
d'autres motions pulsionnelles étaient prédominantes pendant
l'enfance et l'adolescence.
Résumons
brièvement les résultats de l'analyse jusqu'à ce point. Ces
résultats mènent à l'hypothèse inévitable que la scène de
la radiographie fut ce qui déséquilibra sensiblement les aspirations
pulsionnelles du patient.
Jusqu'ici,
l'état des choses semble parfaitement élucidé. Il nous reste
cependant à donner les réponses satisfaisantes à deux questions
qui se posent spontanément.
D'abord,
forts de plusieurs indices, nous pouvons affirmer que le fantasme
de désir activé par la névrose n'est autre qu'une grossesse
hallucinée (hystérique) avec la représentation d'un accouchement
lors de la crise.
Ensuite,
nous sommes en droit de supposer - et en cela nous sommes
confortés par la connaissance que nous avons du caractère
du patient - que les motions pulsionnelles en jeu relèvent
de l'érotisme anal. Ce sont donc ces pulsions qui ont donné
forme à la névrose et qui ont également, formé le fantasme
de désir. Seule l'investigation de la situation infantile
pouvait pleinement éclairer ces deux questions qui s'intriquent
et se complètent constamment.
Comme
dans toutes les analyses, ce matériel abondant n'a pas pu
être rassemblé en une seule fois mais à différents moments,
soit directement, soit par l'intermédiaire d'interprétations
diligentes.
Nous
avons décrit ici le travail analytique aussi bien comme une
élucidation théorique que comme une démarche thérapeutique
après une victoire sur les résistances.
L'enfance
du patient est particulièrement marquée par le souvenir d'une
scène qui représente une expérience hors du commun dont les
effets ont persisté dans sa vie psychique. Cette scène ne
s'était jamais vraiment effacée de sa conscience et surgit
rapidement au cours de la cure. Outre son contenu, il est
remarquable que ce souvenir ait été conservé dans tous ses
détails avec une extraordinaire clarté et une grande précision,
bien que le patient n'eût alors qu'un peu plus de trois ans
(15). D'habitude, dans la cure, les expériences ne
se précisent qu'à force de répéter leur récit tandis que cette
expérience du patient apparut, dès le départ, sans lacune.
Ce fait à lui seul semble indiquer l'importance éminente de
cette expérience dans le psychisme de notre patient. La scène
fut la suivante : un jour, le père ayant quitté la maison,
l'enfant jouait dans la cuisine auprès de sa mère. Celle-ci
était assise près de la table sur laquelle se trouvaient encore
les restes du petit déjeuner. Elle donnait le sein au plus
jeune frère qui avait alors environ neuf mois.
Tout
en jouant, l'enfant remarqua un morceau de pain que le père
avait laissé et essaya de l'attraper en s'agrippant au bord
de la table ; ce geste avait dû déranger la mère perdue dans
ses pensées. Elle se mit en colère et le gronda. Comme probablement
l'enfant continuait, elle saisit le couteau à pain qui se
trouvait près d'elle et le lança dans sa direction. Sans le
vouloir, elle avait visé juste. La pointe du couteau traversa
le petit bonnet de feutre que portait l'enfant (le couvre-chef
coutumier des enfants de paysans hongrois) et se planta dans
la peau, du côté droit du front.
Il
cria très fort et la mère, horrifiée par son geste involontaire,
se précipita vers lui. Elle arracha le couteau, lava la plaie,
porta l'enfant qui pleurait dans la pièce de séjour - il s'en
souvient très exactement - et l'étendit de tout son long au
bout du lit (place qui, au village, est réservé à l'enfant
nouveau-né).
Pendant
qu'il se calmait doucement, sa mère prit son petit bonnet
troué par le couteau et recousit, il s'en souvient encore,
l'entaille avec du fil rouge. A la demande de la mère, il
tut l'incident à son père qui n'en sut jamais rien. L'enfant
continua à porter encore longtemps le petit bonnet recousu.
Cette
expérience infantile fondamentale a souvent servi à orienter
le cours de l'analyse et ses effets se sont faits sentir dans
plusieurs directions. Ainsi, on a pu supposer qu'elle mit
un terme à la brève période masturbation infantile (16)
et qu'elle reprit de l'importance en tant qu'expérience inaugurale
de la castration. Nous avons appris plus haut que la première
menace de castration était venue du côté de la grand-mère
à qui il attribuait également le fait de l'avoir fait renoncer
à sa libido orale. C'était donc la deuxième fois que la femme
apparaissait comme trouble-fête.
Il
n'empêche que l'effet psychique de la scène fut encore plus
profond et plus durable dans un autre domaine. Sans aucun
doute, la virilité narcissique du patient avait été activée
précocement par la blessure à la tête. Il ne s'agit pas de
considérer que la virilité narcissique soit une disposition
innée comme, par exemple, l'érotisme anal, elle est, à cette
occasion, plutôt la cause de la première fixation libidinale
dans le développement du patient (17).
Des
aspects érotiques divers du caractère actuel du patient confirment
cette hypothèse. Par souci de clarté, en voici une description
:
Le
patient est un homme énergique, qui sait ce qu'il veut. Malgré
des idées progressistes, il combat de manière virulente toute
aspiration des femmes à l'émancipation ; pour lui leur place
est au foyer. Il conteste aux femmes tout sens de l'équité
(qui lui importait tant chez son père et son grand père) et
tout don d'éducation.
Lui-même
semble avoir été défaillant sur ce dernier point car tous
ses efforts pour éduquer la fille illégitime de sa femme ainsi
que sa propre sur cadette (dont la naissance avait coïncidé
avec sa première maladie nerveuse) avaient échoué. Il attribue
l'échec de sa peine, non pas à son impatience à l'égard des
créatures féminines, mais à leur prétendue infériorité..
S'occuper
d'une idée ou d'une maladie était, pour lui, une occasion
bienvenue pour prendre ses distances vis-à-vis de sa femme.
Aussi, ne la tenait-il jamais au courant des projets qu'il
fomentait continuellement.
Nous
avons déjà dit combien son désir d'avoir un héritier mâle
était de nature narcissique. D'autres restes de ce narcissisme
infantile excessif se manifestèrent dans certaines représentations
paranoïdes qui n'étaient cependant qu'éphémères et labiles.
J'ai déjà fait allusion à sa jalousie. Celle-ci ne se portait
pas seulement sur la relation amoureuse de sa femme avant
lui, mais se nourrissant, dans ses fantasmes quasi-délirants,
d'une infidélité présumée de sa femme; il imaginait qu'il
la châtiait en assassinant le nouvel amant.
Ces
fantasmes sont à considérer comme des rééditions de fantasmes
infantiles dont les protagonistes étaient le père et la mère.
Son comportement jaloux vis-à-vis de sa sur aînée constitue
un chaînon intermédiaire.
Dans
le même contexte se situe aussi le plaisir qu'il prend à se
disputer (qui se répète en rêve: avec ses dons oratoires,
il a le dessus dans les débats). Une scène curieuse confirmera
ce fait :
Lorsqu'il
était contrôleur de tramway, il avait remarqué qu'un vieux
monsieur d'allure distinguée, qui voyageait quotidiennement
avec lui et lui donnait à chaque fois un petit pourboire,
attendait de lui en retour, un comportement soumis. Dès que
cette idée l'effleura, il repoussa l'argent en trop d'un geste
de mépris pour signifier que ce monsieur n'avait rien à exiger
de lui. Il est intéressant de noter qu'ils en vinrent, quelques
jours plus tard, à une sorte de conciliation qui préluda à
un échange amical. Il avait contribué à ce changement et il
prit par la suite plaisir à se rendre agréable au vieux monsieur.
On
peut par conséquent, reconnaître que le narcissisme du patient
était modulable, ce qui nous oblige à supposer pour le moment,
qu'une autre pulsion dominante avait favorisé son déclin.
Beaucoup
d'autres voies s'ouvrirent d'ailleurs pour qu'il exprime ou
qu'il rééquilibre son narcissisme excessif. Par exemple, à
la suite d'un rêve important, il produisit des fantasmes de
sauvetage à l'égard de personnes vénérées. Il vit dans le
rêve, une ville en flammes ; au milieu du brouhaha, il sauvait
un de ses supérieurs hiérarchiques en le sortant dans ses
bras d'une ne maison en feu. Pour le remercier, il entendait
ce dernier lui dire qu'il se résignait désormais à une vie
inutile (18). On imagine facilement que quelqu'un d'autre
que ce patient, ayant les mêmes dispositions naturelles mais
plus d'intelligence et une situation plus influente, aurait
accompli des actes remarquables.
Ces
fantasmes de héros qui, coupés de la réalité, menèrent leur
existence imaginaire, se ramenèrent chaque fois au premier
objet d'amour, le grand-père qui avait sauvé le garçon d'un
taureau enragé. Cette expérience fut transformée en son contraire
dans le miroir du narcissisme. Une autre série de fantasmes
eut trait au refus du rôle de la femme dans l'acte de la création;
en cela, il procéda comme les auteurs de l'ancien testament.
Il ne pouvait jamais se résigner vrai- ment à l'idée que la
nature avait laissé cette affaire importante, la gestation
et l'accouchement d'une créature humaine, aux soins de la
femme. Il est clair que nous sommes là dans la plus grande
proximité au complexe principal de sa névrose.
Un
pas de plus sur la voie de ses fantasmes mène à la croyance
en l'auto-engendrement; ceci se manifeste d'ailleurs de manière
allusive dans le discours du patient.
Il
n'a pas été possible de donner un résumé plus cohérent de
son narcissisme dans la mesure où cette analyse nous permet
d'avancer quelques suggestions isolées sans lien entre elles
mais ne nous autorise pas à en tirer des conclusions claires
et définitives.
De
plus, la constitution psychique du patient lui-même avait
empêché que ce stade du développement s'installe définitivement.
En particulier, les fantasmes de sauvetage et d'auto-engendrement
ne font généralement pas partie de la structure d'une hystérie;
ils relèvent plutôt du domaine des psychoses.
Ce
cas, qui nous semble si peu commun dans les sentiments étranges
qu'il révèle, gagnerait à être comparé à certains autres qui
relèvent de la psychiatrie. On trouve, en exemple, dans la
littérature psychanalytique la description d'un cas typique.
Il s'agit de celui, si déterminant pour l'étiologie de la
paranoïa, du président du Sénat, Schreber (19). Nous
y trouvons ces mêmes fantasmes, pour nous si éloquents et
si étrangers à notre conscience, qui avaient provoqué la névrose
chez notre patient; fantasmes qui avaient demandé tant de
peine pour être mis à jour, et énoncés, dans le cas de Schreber,
pour ainsi dire sans inhibition intérieure et appelés par
leur nom la transformation en femme et la fécondation par
des rayons divins.
Je
voudrais souligner avec Freud que l'analyse n'avait nullement
participé à l'échafaudage de ces fantasmes que nous devons
considérer comme des formations psychiques sui generis; dans
le cas de Schreber, ces fantasmes faisaient bien partie de
l'histoire de sa maladie.
Le
différence tient au mécanisme des formes pathologiques: tandis
que l'hystérie forme ses symptômes en excluant la conscience,
la paranoïa permet, comme nous le remarquons, aux représentations
pathologiques de pénétrer dans la conscience sous forme de
délire. Chez Schreber, la représentation psychotique d'une
transformation du sexe avait été éveillée par son lien affectif
intense à son père et par le fait qu'il n'avait pas eu d'enfant.
Les représentations inconscientes de l'un et l'autre cas sont
à peu près les mêmes.
Remarquons
encore la grande analogie des tableaux de l'enfance entre
les deux cas (en particulier l'érotisme anal) que nous ne
pourrons cependant pas approfondir ici. Cela nous permet au
moins de ramener les aspects exceptionnels du cas présent
à leurs justes dimensions, ce qui ne peut qu'augmenter leur
crédibilité (20).
Le
narcissisme du patient jouait un rôle particulier dans la
formation de ses rêves qui révélèrent une préoccupation constante
autour de sa propre personne et de certains processus intérieurs.
Ses craintes hypocondriaques en font partie. Soulignons cependant
que tous ces traits narcissiques n'apparaissent pas comme
dominants, même si l'observation les met particulièrement
en lumière. Nous verrons plus tard pourquoi l'importance supposée
de ces traits fut ultérieurement déviée.
J'en
viens maintenant au facteur de prédisposition à cette névrose
à couches multiples, facteur qui a présidé à sa constitution
: la pulsion partielle érotico-anale dont l'épanouissement
a été découvert, étape par étape, au cours de l'analyse.
C'est
à cette pulsion que la libido, détournée de son objet, fit
retour, pour former l'ensemble des symptômes hystériques que
nous connaissons. Très précocement, probablement déjà après
l'arrêt brusque de la libido orale (qui cependant, comme nous
le verrons, trouvera à se satisfaire ultérieurement) l'érotisme
anal se manifeste sous la forme d'un plaisir intense à déféquer.
Bien que la mémoire fasse défaut sur ce point au patient,
nous pouvons assurément supposer que cette pulsion cherchait
d'abord à se satisfaire par l'activité de défécation; plusieurs
éléments confirment cette supposition, parmi lesquels la maladie
intestinale qui, apparue il y a sept ans, guérit spontanément.
Les preuves indirectes se trouvent dans les divers traits
de caractère que j'ai déjà décrits en grande partie.
J'y
ajouterai ici deux autres, dont je n'ai pas trouvé de description
dans la littérature analytique et je demanderai qu'elles soient
insérées en bonne place dans le bel essai de Jones (21).
Le
patient manifeste un rapport particulier au temps, difficile
à expliquer raisonnablement. Non seulement il était très précis
et ponctuel, économe de ses moments libres, mais il aimait
aussi faire deux choses à la fois: lire en mangeant ou en
déféquant, réfléchir en marchant, etc. Ce trait typique que
l'on pourrait appeler en souvenir de César "la faculté
de César", se ramène facilement à la tendance, teintée
de jouissance chez l'enfant, à faire le grand et le petit
besoin en même temps. En effet, on pouvait trouver chez ce
patient, un érotisme urétral considérable, venant étayer l'érotisme
anal. Je reviendrai sur ce trait lorsque j'analyserai ses
fantasmes de mort.
Il
relia cette particularité à faire deux choses à la fois, à
la poussée impulsive de "faire parfaitement" (mener
jusqu'au bout) tout ce qu'il entreprenait, ce qui lui assura
une attitude virile et le succès dans sa vie. Ce dernier trait
explique aussi sa préférence pour des choses "parfaites",
c'est-à-dire intactes, par exemple, des vêtements jamais portés.
Les personnes de cette trempe ont honte de porter des vêtements
raccommodés.
L'intérêt
jouissif pour l'acte de la défécation fut, plus tard, mieux
investi dans des particularités de caractère que l'intérêt
porté aux produits évacués (fèces et urine) qui s'est avéré
plus opiniâtrement installé. De nombreuses réminiscences affleuraient
à ce sujet. Les selles étaient devenues un objet exquis de
contemplation, traitées avec la même considération qu'une
partie du corps. Il s'agit du stade auto-érotique dans le
développement de cette pulsion partielle; peu d'associations
s'y référaient.
On
a le sentiment qu'après la blessure à la tête, l'érotisme
anal fut considérablement renforcé; la cause en fut, en partie,
un détournement de l'intérêt pour la mère et en partie aussi,
l'amorce des explorations sexuelles.
Toutes
les représentations et les expériences infantiles convergent
vers cette pulsion qui attire comme un aimant toutes les particules
de l'activité psychique. L'exploration sexuelle s'intéressa
d'abord aux grossesses et aux accouchements fréquents de la
mère et créa, sur la base de la prédisposition principale,
la représentation infantile de l'équivalence du scybale et
de l'enfant.
Dans
la mémoire du patient, cette représentation est encore aujourd'hui
intimement liée à l'idée de la fertilité des fèces (22),
et ceci sous une forme que j'appellerai "le complexe
du noyau" (23).
Son
occupation favorite consistait à examiner ses propres selles
ainsi que celles des adultes pour, éventuellement, y découvrir
des noyaux de fruits. Il notait mentalement les lieux où il
avait abandonné des selles et s'émerveillait, le printemps
venu, de voir une plante vivante sortir du noyau de cerise.
Il était étonné que ce noyau n'ait rien perdu de ses forces
vitales après avoir séjourné dans la chaleur de ses intestins
(24). Il prit alors l'habitude d'avaler les fruits
sans en cracher les noyaux jusqu'à ce qu'il lui arrive, à
l'âge de seize ans, un douloureux malheur: un noyau de prune
lui blessa l'anus.
L'épisode
du noyau de cerise n'était pas unique; à la ferme familiale
il y avait un arbre qui devait son existence à un incident
semblable et que le père appela, par plaisanterie, "le
sale prunier". Il y a seulement quelques années, il reçut
encore une lettre de sa famille où on lui annonçait qu'on
avait dû abattre cet arbre extraordinaire.
L'importance
du "complexe du noyau" se retrouve dans d'autres
activités favorites. Il laisse, par exemple, lorsqu'il fait
de la compote de prunes ("powidel"), les noyaux
dans les fruits et se délecte ensuite des amandes devenues
sucrées. Il collectionne des noyaux d'abricots, les fait sécher,
les essuie, les casse, en fait tremper les amandes pour enlever
la peau, et les mange en hiver avec dévotion.
Il
a encore beaucoup de recettes dans la tête et fait volontiers
le chef cuisinier (érotisme anal et identification à la mère)"
(25).
A
l'occasion d'un curieux incident, je compris combien ce complexe
était encore actif dans sa vie psychique actuelle. Un jour
qu'il fit avec moi un bout de chemin (c'était la saison des
cerises) j'observai, tandis que nous parlions de choses qui
l'intéressaient, qu'il se déplaçait constamment de droite
et de gauche pour écraser les noyaux de cerise jetés par terre.
J'attirai
son attention sur ce geste symbolique et il me raconta que
cela était chez lui une vieille habitude en se vantant de
ce que peu de noyaux de cerise avaient échappé à son attention
vigilante, et que cela n'empêchait pas qu'il s'occupe en même
temps d'autre chose (cf. ce que nous avons déjà relevé concernant
la faculté de César). Il justifia cette habitude en disant
qu'il avait une fois glissé sur un noyau et que, depuis, il
cherchait à éviter ce genre d'accident.
Cette
rationalisation recouvre les désirs de mort infantiles à l'égard
des frères et surs (26) qui se trahissent dans
ce geste symbolique: dans son inconscient, les noyaux signifient
toujours les petits enfants. Cette hostilité se manifeste
ouvertement à l'âge de six ans, à la naissance de la première
sur. Notre patient se rappelle encore combien sa venue
au monde était attendue avec impatience. Dans ses rêves, les
enfants morts sont aussi représentés par le symbole des selles.
"Le
complexe du flatus" qui accompagne les motions coprophiles,
fait partie de ce contexte. Il est vrai qu'il ne prend pas
ici l'envergure que Jones lui a trouvée chez les névrosés
obsessionnels, mais il est néanmoins tout à fait présent.
On pourrait le rapporter au grand-père qui n'avait aucune
gêne sur ce plan et qui avait éveillé chez le garçon la conviction
respectueuse que c'était là le privilège de tout chef de famille.
Chaque
fois que le grand-père lâchait un flatus, il rouspétait et
plaisantait: "au diable!". Il apostrophait avec
la même expression son petit fils lorsqu'il l'importunait.
Certains détails du complexe apparurent plus tard. Lorsqu'il
allait à l'école, il économisait avec zèle de l'argent pour
s'acheter une machine à vapeur (jouet).
Dans
la peur du tonnerre et de l'éclair (brontophobie), c'est ce
même complexe qui apparaît comme défense. Plus tard, cela
s'exprime dans son intérêt pour la météorologie.
En
parlant de ses fantasmes de sauvetage (rêve de l'incendie),
j'avais fait remarquer qu'il s'attribuait volontiers un don
de prophétie que l'on peut maintenant facilement relier au
complexe du flatus. Il donne pour preuve de son don de prophétie
le fait qu'il sentait toujours à l'avance l'arrivée du visiteur
qui vient sans prévenir (enfant = excrément = flatus).
L'érotisme
anal va de pair avec un plaisir de l'odorat tout aussi important.
Jusqu'à présent aucune réaction de sensibilité olfactive ne
s'est développée contre cette formation infantile très prégnante.
Les excréments ne l'ont jamais dégoûté, mais par contre, l'odeur
de charogne lui coupe l'appétit. Deux éléments prouvent combien
les fantasmes infantiles de mort se rattachent à l'odorat.
Lorsque
le hasard le conduit près d'une maison où il y a un mort,
il sent dans la rue l'odeur du cadavre. Un jour, par l'intermédiaire
d'un ami, il visita une morgue et y vit le début de la dissection
d'un cadavre de femme. La paroi ventrale graisseuse venait
d'être coupée au milieu. Après cela, il ne put plus manger
de viande de buf pendant deux ans. Il évitait déjà de
manger du mouton à cause de l'odeur.
Par
souci de clarté, je complèterai les exemples décrits par une
élucidation analytique de ses tendances sadiques. Celles-ci
étaient si développées que deux voies furent empruntées pour
les atténuer. Certaines de ces tendances se transformèrent
en masochisme - le moi choisi comme objet des motions sadiques
-et se lièrent, comme nous l'avons vu à plusieurs reprises,
avec les formations érotico-anales prééminentes, devenant
par ce processus, passives.
Une
autre partie de ces tendances, non moins importantes que les
précédentes, ne subit pas ce processus de transformation et
se manifesta sous la forme d'une "formation réactionnelle"
à la pitié.
Cette
formation réactionnelle joua un rôle lors de l'éclosion la
première maladie névrotique il y a sept ans : à l'époque,
il ne supportait pas de voir des personnes écrasées par des
voitures. Par ailleurs, la vue d'animaux mourants, en particulier
de leur il vitreux, ou de personnes torturées par la
souffrance, lui absolument intolérable. (Cf. le souvenir de
l'accouchement dans son enfance).
Tous
les éléments que j'ai rapportés ne cernent pas encore l'ensemble
des aspirations érotico-anales de notre patient. Il leur restait
un organe à investir qui s'y prêtait par sa disposition :
la zone buccale. Les fantasmes suggérant une fixation orale
de la libido surprenaient non seulement par leur importance,
mais s'avéraient être des formations extrêmement ambiguës,
qui ne s'inséraient que difficilement dans le tableau global
de la névrose. Le fantasme de grossesse servait de guide.
L'enfant
avait à peine plus de cinq ans lorsqu'il perdit l'appétit
pour des mets ayant une forte odeur. Cette aversion s'est
développée en un véritable dégoût pour l'oignon, par exemple,
et persiste jusqu'à présent. .Il ne peut manger ce légume
sous aucune forme, et si, par hasard, un petit bout de la
peau fine de l'oignon touche son palais, il réagit par des
vomissements violents et répétés. Je ne pus comprendre cette
aversion insurmontable qu'au moment où je devins attentif
à l'intonation avec laquelle le patient prononçait la chose.
Hagymacsir, le nom hongrois de la plante, se traduit littéralement
par germe d'oignon. De toute évidence, l'idée de quelque chose
de vivant faisant partie de ce concept avait dû fortement
favoriser la formation de cette idiosyncrasie. Elle était
sous-tendue dans l'inconscient par la représentation infantile
de la fécondation orale, qui se manifeste constamment comme
complément aux théories anales de l'enfantement.
C'est
donc dans ce contexte qu'il faut entendre le patient lorsqu'il
prétend que sa souffrance fut occasionnée par quelque chose
de mauvais ou de nuisible (un éclat d'émail d'une casserole)
qu'il aurait avalé. Il a également peur de s'empoisonner.
(Un symbole onirique courant de la grossesse. Dans un de ses
rêves, un champignon symbolisait un pénis).
Une
année après le début de l'idiosyncrasie à l'oignon, notre
patient se découvrit une faculté particulière de l'estomac
que l'on pourrait décrire comme une sorte de rumination. Il
avalait facilement des boutons ou des billes d'agate, telles
celles que les enfants utilisent pour jouer, pour les faire
remonter dans la bouche ensuite. Après un repas, il savait
même régurgiter un par un des morceaux de viande qu'il avait
avalés entiers pour les mâcher tranquillement par la suite.
De même, il savait renvoyer en jet, l'eau qu'il avait bue.
Ces
passe-temps infantiles cachent d'une part des tendances coprophages-
les boutons et les billes sont des symboles d'excrément par
excellence -et d'autre part, elles mettent en évidence que
la zone buccale avait été transformé en un cloaque secondaire
par un érotisme anal quasi généralisé (27). Ce n'est
qu'après avoir élucidé tous ces faits, que je réussis à m'expliquer
quelque chose dont le patient m'avait fait part longtemps
auparavant. Il m'avait raconté que, dans les premiers mois
de sa maladie récente, il avait décidé, sans trop réfléchir,
de se faire arracher une par une les incisives supérieures
dont
il ne supportait plus l'odeur de pourriture qu'elles dégageaient.
Lors de l'extraction, il s'était évanoui de douleur.
Je
soupçonnais vaguement un rapport de cause à effet entre ces
évanouissements et les pertes de connaissance répétées occasionnées
par les douleurs dans les lombes, mais il me fut d'abord impossible
de me retrouver dans cet embrouillamini de plaintes, de souvenirs,
de significations symboliques, etc.
Ce
fut à nouveau le fantasme de grossesse qui me servit de guide.
Il est connu que l'extraction de dents symbolise souvent l'accouchement
dans les rêves de femmes. Il devait en être de même ici; et
l'accouchement par forceps observé dans l'enfance devait y
avoir contribué en tant que représentation intermédiaire(28).
Au début de son hystérie, le patient avait donc dû se défendre
contre ses fantasmes pathologiques, pour ainsi dire, par un
sacrifice par voie orale. En plus, l'extraction des dents
avait dû remplacer l'opération qu'il avait, en vain attendue,
lors de la radiographie, et lui avait ainsi permis de réduire
la quantité de libido accumulée à ce moment-là. La névrose
l'emporta néanmoins et y gagna un motif de plus pour s'installer
définitivement. Il est intéressant de noter qu'elle avait
commencé par s'exprimer sous la forme la plus originelle :
la représentation archaïque d'une naissance par la bouche
se retrouve, d'ailleurs, dans l'image impressionnante de la
légende biblique de Jonas où le héros est recraché par la
baleine.
Dans
la description de la phase introductive du traitement, j'avais
relevé un trait de caractère du patient, dont je ne pouvais
donner immédiatement l'explication. Je la reprends ici au
moment même où j'ai pu comprendre ce trait. La résistance
que l'on rencontre tôt ou tard dans toute analyse (29)
et qui est une conséquence inévitable du traitement, provient
évidemment de sources différentes dans chaque cas. Aussi demande-t-elle
à être résolue différemment à chaque fois.
La
résistance qui est propre à la nature de chaque maladie est
souvent suffisamment compensée par la bonne volonté des patients
qui comprennent parfaitement la gravité et le poids intolérable
de leur maladie. S'ils vont jusqu'à la provocation, il s'agit
de le repérer immédiatement et d'y rester très attentif. Il
existe cependant un type particulier de résistance qu'il faut
considérer comme constitutionnel, et qui mérite en soi que
l'on s'y intéresse, sans en nier le rapport étroit avec notre
cas.
C'est
un type de résistance qui apparaît à un âge plus précoce que
la maladie et qui joue un rôle prééminent dans la vie de tout
individu en bonne santé. Le comportement de notre patient
était marqué par une grande réserve qui prédominait au point
de poser des problèmes coriaces à l'analyse. Elle apparaissait
toujours comme étant liée à des tendance érotico-anales, et
finalement, ce lien s'avéra être très intime.
Il
suffit de penser aux grands efforts que demande l'éducation,
en particulier du sphincter anal, de tout enfant, pour admettre
qu'un ensemble de réactions psychiques pourrait se constituer
en réponse à l'arrêt progressif de l'activité teintée de plaisir
de ce muscle occlusif. La force de ces réactions dépendra
de leur source exacte. Ernest Jones (30) a démontré
la relation qui existe entre la capacité de haine et l'acquisition
précoce et forcée du contrôle des sphincters. Sans prétendre
résoudre le problème de cette relation significative, ce qui
nous amènerait à parler de pathologie, je ferai remarquer
que le terme même de Verschlossenheit (réserve, renfermement)
révèle ce lien. L'exemple de notre patient est particulièrement
instructif dans la mesure où nous avons vu comment, justement,
le processus mécanique de la défécation s'était décisivement
transformé en traits de caractère.
Je
n'ai pas l'intention d'approfondir ce lien ici et renoncerai
donc à parler du problème psychologique de l'attitude de réserve.
Je tiens néanmoins à souligner que ce trait de caractère est
plus important et plus étendu que beaucoup d'autres configurations
érotico-anales; il semble qu'il se modifie et se transforme
tout au long de la vie. Non seulement, il renferme son contraire
ainsi que toute la série des formes intermédiaires, mais il
est aussi en rapport étroit avec certaines caractéristiques
mentales importantes(31). Ainsi nous pouvons distinguer
des comportements de réserve différents : fier, modeste, sûr
de soi-même, sournois, etc. qui s'associent facilement avec
un type psychologique correspondant (32). La dissimulation
des paranoïaques est vraisemblablement un rejeton pathologique
de cette attitude de réserve.
Je
reviens au rôle prédominant joué par l'érotisme anal dans
notre cas, car celui-ci agit, pour une raison particulière,
de façon tout à fait décisive vis-à-vis des autres pulsions
partielles Il m'est apparu qu'il pouvait quasiment obliger
ces dernières à coopérer et déterminer leur apport libidinal.
Je
résumerai en quelques phrases ce que nous avons vu jusqu'ici.
Comme nous l'avons observé, la jouissance orale s'était vue
repoussée à un stade où seul le miroir phylogénétique nous
permettait de saisir sa part libidinale. Le voyeurisme est
entièrement fixé à l'objet érotico-anal, ainsi que l'exhibitionnisme
dont témoigne un souvenir de la puberté (honte de déféquer
en plein air). La pulsion olfactive n'a pas besoin d'être
reprise dans ce contexte puisque sa corrélation avec l'analité
est presque générale. L'érotisme urétral se rapproche de l'autre
en ce qu'il représente l'autre moitié du plaisir de l'excrétion.
Finalement,
nous avons observé que le sadisme avait trouvé à s'exprimer
par le biais des pulsions anales, et ceci en partie après
une transformation en une pulsion masochiste et en partie
sous sa forme réactionnelle : la pitié.
Ainsi,
du fait de sa position dominante, la pulsion érotico-anale
a en quelque sorte, impérativement imprégné toutes les autres.
la pénétration de chaque pulsion par la pulsion partielle
dominante, qui est probablement présente dans toute névrose
et qui témoigne de son caractère infantile, prend ici valeur
de paradigme. Mais cette priorité dynamique a également de
l'importance dans un autre contexte, à savoir dans sa relation
au stade narcissique du développement de la libido.
D'après
Freud, toutes les pulsions partielles sont déjà rassemblées
à ce stade en vue du choix d'objet ; cependant, celui-ci coïncide
encore avec le moi (33). Or, si la pulsion érotico-anale
conserve sa position dominante, comme c'est le cas pour notre
patient, il peut arriver que le narcissisme ne s'affirme pas
de façon régulière. Même une disposition au narcissisme telle
qu'elle était garantie chez notre patient par la blessure
à la tête succombe alors au pouvoir de l'érotisme anal. C'est
ce que nous avons observé.
Tout
ce processus n'est d'ailleurs pas spécifique à ce cas, il
semble plutôt typique, dans la mesure où nous supposons qu'il
y a entre le narcissisme et l'organisation génitale, un avant-dernier
stade du développement qui est la phase sadique - érotico
- anale (34). Tout cela démontre l'importance de l'érotisme
anal pour le développement général de la psyché.
Toute
névrose - ou hystérie - peut être considérée comme étant,
en quelque sorte, le dépassement auto-érotique de représentations
devenues inaccessibles à la conscience parce que dissociées
de la réalité (35). Chez notre patient, ces représentations
consistaient en des fantasmes de désirs homosexuels. La réussite
de sa névrose, c'est-à-dire l'ensemble des symptômes de la
maladie, nous montre que, là encore, la pulsion partielle
érotico-anale avait continué à dominer le narcissisme qui
se serait probablement défendu contre ce type de fantasme.
Leur conflit qui est au fond un conflit entre libido et moi,
a dû chercher une issue dans un autre champ, celui du complexe
de castration. L'on peut supposer, a priori, qu'un désir homosexuel
passif n'arrive à se réaliser dans une névrose, que dans la
mesure où le narcissisme de l'individu s'en accommode. Comment
le névrosé peut-il alors renoncer à l'activité de son propre
pénis et à sa propre virilité ? L'idée que cela s'explique
par un érotisme anal constitutionnellement établi m'a toujours
paru vraisemblable.
Freud
(36) a tracé les lignes générales de ce processus.
C'est surtout l'intérêt pour les excréments qui est plus tard
transféré sur le pénis (excrément = "le premier morceau
du corps auquel il fallait renoncer"). Si cet intérêt
est très puissant chez un enfant, il peut, en assimilant diverses
impressions dont la menace de castration, en arriver à l'idée
que le pénis serait également quelque - chose - de détachable
- du - corps. Cette idée devient certitude dès que "l'exploration
sexuelle de l'enfant a constaté le manque du pénis chez la
femme." Notre patient avait pu faire cette constatation
à l'âge de six ans (naissance de sa première sur. Si
nous nous rappelons combien il était occupé par ses fantasmes
érotico-anaux à cette époque, nous sommes en droit de supposer
que les pensées tout à fait typiques que nous venons de décrire,
traversaient son esprit.
Je
voudrais maintenant attirer l'attention sur deux faits qui
me sont apparus au cours de l'analyse de cette question. Ce
n'est certainement pas par hasard que la plupart des symboles
d'excréments sont en même temps des symboles de castration
- des ongles, des cheveux, des dents, et - Ce fait indique
en soi que de fortes interférences existent entre les deux.
Le
deuxième fait me semble encore plus important et s'observe
probablement dans tous les cas d'homosexualité passive inconsciente.
Ces
patients ne montrent en général aucun signe de défense psychique
contre la menace de castration et donnent l'impression d'avoir
rapidement accepté la possibilité de perdre le pénis. Cette
réussite est encore à mettre sur le compte de l'hégémonie
de la tendance érotico-anale, qui semble être appelée à assimiler
une expérience traumatique de la psyché infantile. On peut
en tirer la conclusion générale que les activités auto-érotiques
de l'enfance ne servent pas seulement à accomplir un travail
préliminaire, mais un travail structurant au sens le plus
large du terme.
Je
ne voudrais pas clore les considérations concernant l'ensemble
des symptômes de l'érotisme anal sans faire mention des rêves
typiques du patient qui ont été un support précieux, bien
que difficile pour le traitement analytique.
Ils
se présentaient, à l'instar des autres symptômes, comme des
constructions d'une couche presque inaccessible de l'inconscient,
et leur traduction, lorsqu'elle était possible, ne rencontrait
qu'incrédulité et opposition violente. En même temps, ces
rêves m'étonnaient par leur extraordinaire "rondeur",
voire la beauté de leur forme, que je ne pus m'expliquer autrement
que par un sens inné pour les productions fantasmatiques chez
le patient. Son père et son grand-père avaient été d'excellents
conteurs. Ils avaient conservé et transmis avec amour à la
génération suivante le bel héritage des légendes hongroises.
Cela explique peut-être la présence de nombreux symboles dans
les rêves du patient et leur rôle actif dans d'autres formations
inconscientes de cette névrose (le symbole du noyau, de la
dent, etc.). A la fin, ce fut justement grâce à ces rêves,
que je réussis à contourner les résistances pour atteindre
les vrais fantasmes pathologiques de la névrose.
Néanmoins,
encore aujourd'hui, j'ai fortement l'impression que ce fut
plutôt le fait d'enchaîner ses expériences réelles dans une
suite cohérente que la possibilité de se servir du langage
symbolique des rêves, qui avait fini par amener le patient
à comprendre et à abandonner les positions libidinales infantiles
qui lui avaient tant fait de tort. Les exemples que j'ai élucidés
tout au long de l'histoire de la maladie en sont peut-être
la meilleure illustration. Je me contenterai de relater ici
deux très beaux exemples de rêve.
Rêve
I
"Il
monte sur une colline où se trouve une ruine. Arrivé en haut,
il s'allonge à l'ombre et contemple la vue devant lui jusqu'à
ce que le sommeil le gagne. Plus tard, il s'éveille parce
qu'un vieil homme à la tête nue, s'appuyant sur une canne,
le regarde. Il a l'impression que le vieil homme l'a réveillé
en le touchant avec sa canne ou avec sa main. Celui-ci lui
demande pourquoi il passe sa journée de manière aussi inutile
alors qu'il pourrait faire quelque chose d'utile. Comme il
n'a vraiment rien à faire, il demande conseil au vieil homme.
Celui-ci lui indique la ruine avec sa canne en disant qu'il
y a là un puits à l'intérieur duquel il n'a qu'à descendre
et à sonder les murs. S'il y trouve un endroit creux, il doit
l'ouvrir et il recevra alors le salaire de son labeur. Pendant
qu'il réfléchit aux paroles du vieil homme, celui-ci disparaît.
Il suit le conseil, descend dans le puits, et y découvre une
cavité secrète remplie de jarres, de vieux bijoux et de pièces
d'argent. Tous ces objets sont couverts de moisissure."
Rêve
II
"Un
ami inconnu (37) l'invite dans son domaine. Là, il
lui montre tout d'abord des étables dans lesquelles le bétail
est installé, bien dans l'ordre et séparé d'après nom et origine.
A gauche, se trouve une pièce fermée dans laquelle il pénètre
quand son ami n'est plus près de lui. Dans de petites niches
compartimentées, il voit un grand nombre d'ufs de poule
recouverts de paille. Il en prend un dans sa main, un uf
particulièrement grand ayant la forme d'un haricot, et l'examine
avec stupéfaction: il y a sur l'uf des lettres qui deviennent
de plus en plus lisibles. Au retour de son ami, il remet rapidement
l'uf à sa place. Ils vont ensuite dans la cour où se
trouve une espèce de cage dans laquelle on élève des animaux
ressemblant à des rats et qui répandent une puanteur insupportable.
le domaine se trouve au sommet d'une colline. Plus bas se
trouve un cimetière désert avec un saule au milieu. Sous l'arbre,
il aperçoit une tombe délabrée et un peu plus loin une chapelle.
En compagnie de son ami, il entre dans la chapelle: de part
et d'autre de l'allée centrale sont alignés des cercueils
d'enfants. Sur les couvercles des cercueils sont posées des
figurines modelées et peintes qui représentent les morts.
Par une porte vitrée, il pénètre dans la pièce centrale où
se trouvent les cercueils des adultes. Se retournant par hasard,
il voit à travers la porte vitrée que les enfants morts se
sont mis à danser, mais dès qu'il s'aperçoivent qu'il les
regarde, ils se recouchent à leur place. Stupéfait et n'en
croyant pas ses yeux, il recommence l'expérience. A chaque
fois, les enfants dansent et se recouchent aussitôt qu'il
les regarde. Entre temps, son ami a disparu et il est saisi
d'une grande peur car il ne peut sortir à l'air libre qu'en
passant par l'allée centrale."
Ce
genre de rêves abondaient dans l'analyse et me parurent être
des projections tout à fait typiques de ses fantasmes érotico-anaux
. Ils me permettaient, de ce fait, une certaine approche diagnostique
qui se confortait au fur et à mesure, à l'appui du matériel
mnésique effectif.
L'historique
de la maladie se résume brièvement Au début du traitement
analytique, le cas se présentait comme une hystérie due à
un accident.
Petit
à petit, il devint évident que ce n'était pas l'accident même
qui constituait la cause immédiate de la maladie, mais un
événement annexe survenu lors du traitement à l'hôpital (la
scène de la radiographie), événement étayé par des expériences
significatives de l'enfance et de l'adolescence. Le symptôme
ainsi constitué avait pour tâche d'agir comme défense contre
un fantasme de désir d'homo- sexualité passive. En même temps,
la névrose mobilisait quantité de souvenirs érotico-anaux,
qui avaient présidé à la formation du symptôme. Lors des crises,
comme nous l'avons mentionné, le souvenir d'un accouchement
vu dans l'enfance était ravivé. Cet accouchement avait, déjà
à l'époque, servi à refouler fortement des traces mnésiques
semblables (les accouchements fréquents de la mère) .
Les
expériences infantiles réelles sont étroitement liées à l'activité
dominante d'une pulsion partielle. Nous avons pu mettre à
jour une participation impressionnante de l'érotisme anal
dans la constitution sexuelle du patient.
C'est
en démontant pièce par pièce, les formes d'expression anciennes
et actuelles de cette analité, en en suivant les fixations
libidinales et leurs transformations en des traits de caractère,
que nous avons réussi à atteindre les éléments d'où la névrose
avait puisé sa force et à réduire peu à peu les refoulements
à effet pathologique.
Bien
que le patient eût conservé une part suffisamment importante
de sa libido pour pouvoir mener une vie sexuelle normale,
les symptômes pathologiques étaient devenus assez intolérables
pour qu'il se soumette jusqu'à la fin à un traitement analytique
avec la patience et la persévérance nécessaires pour obtenir
un résultat satisfaisant.
Le
matériel psychique particulier que nous avons pu en tirer
justifiera l'abondance des détails que j'ai apportés pour
traiter de ce cas.
Traduit
de l'allemand par Annemarie Hamad
avec
l'aide d'Hélène Weiss,
Jacy
Alazraki,
Annik
Salamon,
Liliane
Fainsilber.
Texte
hongrois supposé n'a pu être trouvé.
Texte
allemand : Eine unbewuste Schwangrschaftsphantasie bei einen
Manne unter dem Bilde einer traumatischen Hysterie (klinischer
Beitrag zur Analaerotic).
Texte
anglais : A Man's Unconscious Phantasy of Pregnarx;y in the
Guise of Traumatic Hysteria in The International journal of
psycho-Analysis (Vol. II, Sept./Déc 1921, PART 3/4) commenté
par Lacan dans le séminaire les Psychoses, séance du 14/3/56.
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