Une confidence de Lacan à propos du séminaire

Cette confidence se trouve dans l'une des dernières séances du séminaire "d'un Autre à l'autre"(1).

Lacan déclare qu'il est d'une humeur excellente :

"... humeur qui se fonde sur ces choses qu'on a entre deux portes et qui s'appelle un espoir, en l'occasion, de ce qu'il serait possible, si les choses tournaient d'une certaine façon, que je sois libéré de cette sublimation hebdomadaire qui consiste dans mes relations avec vous.

"Tu ne me vois pas d'où je te regarde" avais-je énoncé au cours d'un des séminaires des années précédentes, pour caractériser l'un des types de l'objet aen tant qu'il est fondé dans le regard, qu'il n'est rien d'autre que le regard.

"Tu ne me dois rien d'où je te dévore" tel est le message que je pourrais bien recevoir de vous, sous la forme que j'ai définie sous sa forme inversée en tant qu'il est le mien lui-même, et que je n'aurais plus chaque semaine à faire ici cet aller - et - retour autour d'un objet a qui est proprement ce que je désigne ainsi d'une formule,qui vous le sentez, - devoir - dévoration - s'inscrit dans ce qu'on appelle à proprement parler la pulsion orale qu'on ferait mieux de rapporter à ce qu'elle est : la chose placentaire, ce en quoi je me plaque comme je peux sur ce grand corps que vous constituez pour constituer de sa substance qui pourrait faire pour vous l'objet d'une satisfaction. Ma mère l'intelligence, comme disait je ne sais plus qui."

C'est ainsi que Lacan s'exprimait au moment où il allait être obligé de quitter l'Ecole normale qui avait été jusqu'alors son lieu d'accueil.

On ne peut, me semble-t-il, rêver plus belle démonstration de ce qu'est la fonction de la sublimation comme moyen de suppléance de la fonction paternelle en présence de ce grand corps monstrueux qui menaçe d'engloutir le sujet.

Note rédigée par Liliane Fainsilber

(1) séminaire du vendredi 18 juin 1969.

un monstre dessin d'Elodie en écho à cet objet a évoqué par Lacan